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EN PLEIN DANS LE MILLER
Article paru dans FHM

 

FHM : Est-il facile pour un psy de se prêter à l'exercice de l'interview ?
Gérard Miller : Très facile, quand on est patient comme moi ! Surtout, en tant qu'enseignant, je suis blindé : je suis habitué à répéter encore et toujours les mêmes choses, en l'occurrence les concepts fondamentaux de la psychanalyse. Une bonne formation pour affronter les journalistes et réagir à leurs sempiternelles questions comme si c'était la première fois qu'on me les posait.

Vous vous vantez de semer les journalistes comme l'étudiant gauchiste que vous étiez semait la police. Pas très flatteur…
Je suppose que les flics vous renverraient le compliment. Jeune, j'étais habitué à cavaler vite à cause des manifs. Aujourd'hui, c'est pareil…

Vous courez de France 2 à la Cinquième en passant par France Inter ?
Je cours pour ne pas être déchiqueté par la moulinette à images et pour ne pas être là où on m'attend. C'est la seule façon pour moi de m'amuser et de rester digne. Enfin, j'espère.

C'est pour courir plus vite que vous portez des Nike ?
Non. D'ailleurs, aujourd'hui, je n'en ai pas, car j'enregistre On a tout essayé. Je porte des chaussures de ville comme quand je vais à un mariage ou à une bar-mitsva. Et je ne mets pas que des Nike. J'ai eu aussi des Reebok.

Lorsque vous procédez à des analyses, vous êtes habillé comment ?
Très décontracté, "casual" … Presque toujours en jeans. Il n'y a que pour aller chez Drucker que je mets une veste et un pantalon de ville.

Vous êtes né le même jour que Tom Cruise. Le mariage, ça va ?
Oui ; Et savez-vous qu'au rayon coïncidence, trois de mes enfants sont nés un 28 mai. Etrange, non ? OK, deux sont jumeaux. Mais quand même… Nos amis nous chambrent sur le fait que nous ne ferions l'amour qu'une fois par an, à la fin août.

Y a-t-il beaucoup de choses fausses qui se colportent sur votre compte ?
Un hebdomadaire a écrit que mes enfants étaient inscrits à la très chic et ultra-privée Ecole alsacienne. Absolument faux. L'un de mes fils est au collège Montaigne, l'une de mes filles est au lycée Jules Ferry, l'autre en fac de droit et mon dernier fils étudie en Angleterre… Désolé pour les amateurs de clichés. On a également expliqué ma supposée boulimie médiatique par le fait que je devais payer "des" pensions alimentaires, alors que je n'ai aucune de ces obligations.

Une rumeur prétendrait aussi que vous étiez en ménage avec Laurent Ruquier !
Très bien…(silence). Je n'étais pas au courant.

Vous êtes vraiment aussi pessimiste que vous le laissez imaginer ?
Je trouve marrant ceux qui fustigent les pessimistes… Vous croyez que le XXème siècle laisse deviner un avenir radieux ? Moi je pense que le pire n'est pas à exclure, et même qu'il a de grandes chances d'être devant nous. La mission du psychanalyste est d'éclairer la part d'ombre inéducable de l'homme. Psychanalyste, je suis bien placé pour savoir qu'on ne change pas, aussi attristante que soit cette révélation pour certains.

Vous ne croyez donc pas à la rédemption ?
C'est un mot qui n'appartient pas à mon vocabulaire, je le confesse. Et là, normalement, vous me citez l'exemple de…

Patrick Henry, l'assassin d'enfant ?
Gagné ! A chaque fois, ces temps-ci, on me demande si je me serais opposé à sa libération. Disons que je crois qu'il est possible d'empêcher un psychopathe de récidiver dans certains cas. Mais ça ne veut pas dire que ses pulsions criminelles ont été évacuées. Pour moi, nous ne sommes pas " meilleurs " qu'à l'époque où on donnait à bouffer des chrétiens aux lions pour distraire les foules. Ce qui a progressé ce sont les institutions, les garde-fous qu'on a érigés pour contenir notre sauvagerie et nos pulsions de mort, pulsions qui nous amènent à chercher la destruction de notre prochain…et la nôtre.

Certains, dans la bande à Ruquier, vous ont reproché de trop agiter la menace fasciste.
Et moi, je leur reproche d'avoir la mémoire courte. On peut oublier les crimes quand on leur survit. Mais pas quand leurs germes restent aussi actuels.

Se passe-t-il un jour sans que vous pensiez à la Shoah ?
Oui, quand même. A l'exception de mes parents - je suis né après guerre -, ma famille a été rayée de la carte. A l'école, quand mes copains parlaient d'un cadeau de leur oncle, de leurs vacances chez mamy, j'étais déboussolé. Ca ne signifiait rien.

A en croire un sondage, vous n'agaceriez que 6 % des français. C'est dérisoire ! " L'agacerie " est quand même votre fond de commerce médiatique, non ?
Détrompez-vous. J'aime bien qu'on m'aime bien, moi. Et je crois que les gens apprécient qu'à la télévision, il y ait quelqu'un qui ne mette pas un mouchoir sur ses propres convictions. Pourtant, vous ne pouvez pas savoir la pression qu'il y a dans les grandes émissions pour plaire au plus grand nombre. Drucker, c'est 5 à 8 millions de spectateurs. C'est énorme ! Moi, j'arrive à m'abstraire de ce souci. Plaire à ma famille, mes amis, mes étudiants, mes lecteurs, ok, ça m'intéresse. Mais 8 millions, c'est une masse abstraite. Je n'ai pas le souci de la séduire. D'ailleurs, je ne sais même pas comment la " draguer ". Je pense que c'est ma force.

Vous n'avez rien à perdre, c'est ça ?
Non, car je mentirais en niant que je tiens à beaucoup de choses, notamment à pas mal de celles qui contribuent à mon standing actuel.

Les émissions auxquelles vous participez son enregistrées. Jamais le gentil Drucker n'a eu la tentation de gommer vos impertinences au montage ?
En deux ans, la seule fois où c'est arrivé, c'est avec Gérard Klein. Le décalage entre son personnage " humaniste " et le type faux-cul, désagréable et hautain que je découvrais en coulisse m'avait encouragé à lui arracher son masque, un peu violemment. Le ton est vite monté, la polémique s'est éternisée. Drucker a du couper, au point qu'au final on ne comprenait pas très bien la cause de la tension ambiante. Mais sinon, on ne m'a jamais bridé, ni avec Giscard, ni avec Balladur.

Vous aviez laissé Giscard groggy, dans les cordes. Se le payer, c'est jouissif ?
Se payer un président de la République ? Allons, c'est un peu au-dessus de mes moyens. En revanche, il est clair qu'il s'agissait de l'une de mes meilleures prestations. Visiblement, je l'ai un peu traumatisé : il m'a appelé quelques jours plus tard pour que nous reparlions. C'est le genre de type qui n'aime pas rester sur un sentiment d'incompréhension. Je l'avais, comme il m'a dit, " cueilli " d'entrée en le remerciant pour l'une des meilleures soirées de ma vie : le 10 mai 1981. Mais, passé la surprise, il avait été brillant…

Vous lui avez proposé de prolonger la discussion à l'horizontale ?
A l'horizontale ?

Euh… sur votre divan.
Une psychanalyse ? Non… Et ne comptez pas sur moi pour dire qui vient s'allonger ici.

Avez-vous jamais profité de votre position pour séduire de jolies filles ?
Jamais. Vous avez du mal à me croire ? Désolé. La plus belle fille du monde peut entrer ici, à la minute où elle s'allonge sur le divan, elle devient une patiente lambda. Cette " délibidinisation " ne laisse d'ailleurs pas de m'étonner, moi qui ne fais pas mystère de mon faible pour la gent féminine. Mais la souffrance d'autrui est rarement érotique. En tout cas, en ce qui me concerne.

Vous avez écrit des scénarios pour Francis Girod, des sketches pour Guy Bedos : les has-benn vous branchent ?
Je vous laisse libre de vos jugements. Bedos a un côté institution qui peut énerver. Moi, il n'a jamais cessé de me faire rire. On s'est aussi étonné de ma collaboration avec Bigard. J'ai quand même réussi à lui faire parler de Kant et Spinoza à son public. Pas mal, non ?
 

Propos recueillis par Bertrand Rocher pour FHM

 

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