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PEUT-ON
CROIRE AUX HOROSCOPES ?
GÉRARD MILLER prend les signes un à un. Jusque-là, rien que de très normal. Toutes les diseuses de bonne (ou de mauvaise) aventure, tous les astrologues en font autant. Donc le très médiatique psychanalyste (par ailleurs maître de conférences en science politique à l'université de Paris VIII, chroniqueur à France 2 et Europe 1), explore le Sagittaire, le Bélier, le Cancer, la Vierge et tous les autres, avec un luxe de détails assez abracadabrantesques. Et conclut chaque brillante " analyse " de créature astrale par ce paragraphe : " Si vous connaissez votre ascendant reportez-vous aux pages qui le concernent. Mais que vous le connaissiez ou non, lisez en priorité les chapitres écrits sur quatre autres signes : votre signe inverse (ses points forts sont vos points faibles, ses points faibles vos points forts) ; votre signe opposé, c'est-à-dire celui qui fait face au vôtre sur l'axe du zodiaque et dont le symbolisme lui est complémentaire ; et enfin, vos deux signes affinitaires, dont la sympathie et la complicité vous seront précieuses. " Alors on se précipite, on lit en priorité... et on réalise très vite qu'on a beau être du Lion et de ses quatre signes satellites, on a aussi en soi du Poisson, du Taureau, du Capricorne, du Verseau, de la Balance, des Gémeaux. Chacun de nous contient tout un zodiaque. Mettez tout dans le grand bol mixeur de la vie, et roulez jeunesse ! En prime, si vous recommencez demain, la mayonnaise sera différente. On l'aura compris : "Ce que je sais de vous... disent-ils" est un pamphlet. De sa lecture on peut sans doute tirer une leçon : il faut toute une vie, et encore n'y parvient-on pas toujours, pour savoir qui l'on est. C'est au fond du fond de soi qu'on le découvre, c'est en se mesurant aux réalités de la vie qu'on l'entrevoit. Pas dans les prédictions, pas dans les cycles de la lune, pas même dans l'image de notre " moi " qui se reflète dans les yeux des autres. Q : Gérard Miller, considérez-vous que l'astrologie, les astrologues, sont dangereux ? Gérard Miller : "Lire son horoscope, dans un journal féminin par exemple, ça ne présente aucun danger et ne nécessite pas qu'on mobilise les forces de l'intelligence. Mais l'astrologie ne se réduit pas à ça ! L'astrologie, c'est aussi de véritables escroqueries, des gens qui dépensent des sommes importantes pour obtenir, de supposés voyants ou astrologues, des informations qu'évidemment ces derniers ne possèdent pas. Je ne considère pas que l'astrologie soit le pire des maux, mais j'ai voulu mettre en évidence le fait qu'il y a un tel besoin de croire, chez nous, que parfois on croit des choses pas trop graves et parfois des choses plus graves, c'est le même mouvement. Pourquoi ne pas croire au père Noël ? Mais la question, c'est de ne pas y croire trop longtemps !" Vous-même, vous arrive-t-il de lire votre horoscope ? "Je ne crois pas un quart de millième de seconde à l'astrologie. Mais je suis bien certain que moi aussi, comme mes semblables, je peux être dupe d'autre chose. Je ne pense pas que j'ai une clairvoyance spéciale, je me méfie beaucoup, c'est vrai, parce que je sais à quel point il est facile de tromper les autres. Je me suis amusé plusieurs fois, y compris dans ce livre, à montrer que dès le moment où l'on adopte la posture de ce que Lacan appelait "le sujet supposé savoir", les autres boivent vos paroles comme du petit lait." Qu'est-ce qui nous pousse à lire notre horoscope ? "Nous cherchons une caresse de l'âme, c'est exactement ça. Simplement, il faut toujours penser aux lendemains qui déchantent. Dans l'amour aussi, nous aimons entendre l'autre dire des choses aimables sur nous, des choses qui nous valorisent. Et puis quand l'amour s'arrête, quand on a souffert, on dit "jamais plus" et... la prochaine fois, les choses recommencent exactement de la même façon." Dans votre livre, vous invitez le lecteur à découvrir qu'il peut en fait se reconnaître dans tous les signes du zodiaque... "On trouve toujours, dans tous les portraits, des choses qui nous correspondent. A partir du moment où on a dit à quelqu'un "tu es Scorpion", quand il lit quelque chose sous la rubrique Scorpion, automatiquement, il se reconnaît. Il y a chez nous un tel besoin d'entendre parler de ce que nous sommes... Contrairement à ce qu'on imagine, nous ne le savons pas et il y a chez nous une quête éperdue d'identité. Dès le moment où quelque chose est associé à notre "nous", on s'y reconnaît. Je me suis amusé pour l'émission de Laurent Ruquier, à la télévision, à aborder des gens dans la rue exactement de la même manière. Je leur demandais de quel signe ils étaient, ils me disaient Scorpion ou Cancer ou Vierge et je leur disais, mot pour mot, exactement la même chose, "voilà, vous êtes plutôt rancunier, plutôt décidé, etc." Je leur tenais le même discours et 90 % d'entre eux se sont reconnus ! Il faut bien comprendre que ce que fait l'astrologie, c'est très bateau..." Est-ce que ça n'est pas plus inquiétant de savoir que François Mitterrand consultait une voyante que de savoir que la voisine d'en face le fait ? "Quand j'ai appris, moi qui votais Mitterrand et qui ne le regrette pas, que François Mitterrand, pendant la guerre du Golfe, c'est-à-dire pendant une période où des milliers d'hommes mourraient, consultait une voyante, j'ai trouvé ça absolument sinistre ! Alors les "Mitterrandôlatres" m'expliquent qu'il se distrayait ou qu'éventuellement c'était pour la draguer... Moi je ne trouve pas ça drôle ! Pendant ces périodes de guerre tout particulièrement, un dirigeant élu a vraiment autre chose à faire qu'à parler avec Mme Teyssier..." En tant que psychanalyste, n'avez-vous pas l'impression que les gens attendent de vous une vérité ou des oracles comme ils en attendent de l'astrologue ou de la voyante ? "Qu'ils
attendent ça du psychanalyste, c'est possible. Que le psychanalyste ne réponde
surtout pas à cette demande, c'est quelque chose qui me semble faire de la
psychanalyse une pratique respectable. C'est vrai qu'on attend en règle générale
de l'autre, dès le moment où l'on suppose que cet autre a un savoir, beaucoup
plus qu'il ne peut donner. La psychanalyse a la particularité, sans doute,
d'être un discours qui s'efforce de ne pas faire de promesse. Je crois que c'est
ça qui fait que c'est une pratique digne. Elle ne dit pas non plus que tout est
modifiable, que tout est améliorable, elle dit les choses de façon plus vraie,
et c'est en ce sens-là qu'elle n'apporte pas de réconfort immédiat. Propos recueillis par Joëlle JACQUES
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