Mr Miller,
Vous êtes psychanalyste et durant la période mouvementée autour de l'affaire
Accoyer, vous avez pris des positions avec beaucoup d'autres, dont moi,
contre l'évaluation : n'auriez-vous pu profiter de votre position médiatique
pour appuyer le témoignage et donner un poids politique plus important à ce
mouvement aujourd'hui éteint ? La vie intellectuelle ne pâtit-elle pas de
frilosité ? Qu'en est-il pour vous, même si le clivage de votre position est
juste ?
Marjorie
Voilà ce que c'est que de répondre avec
beaucoup de retard aux questions qu'on me pose ! Sachez que le mouvement
psy, qui apparaissait donc à certains "éteint", a repris de plus belle.
Trois Forums ont eu lieu ces derniers temps, presque un par mois, réunissant
à chaque fois 1200 participants et de nombreux orateurs (y compris des
hommes politiques, comme François Bayrou, Jack Lang ou le ministre de la
Fonction publique, Renaud Dutreil). Et puisque vous vous inquiétez de mon
activisme personnel - j'y ai à chaque fois pris la parole ! Prochain
"meeting": le 21 mai, à la Mutualité, à Paris. Mais que les plus curieux
n'hésitent pas à regarder le site des Forums (http://www.forumpsy.org)
ou encore la rubrique " documents " du département de Psychanalyse, dont je
suis le directeur pédagogique (http://www.departementpsychanalyse.com).
Vous verrez que la frilosité n'est pas de notre côté.
Monsieur Miller,
Pourquoi avez-vous accepté de travailler pour Laurent Ruquier ? Que
pensez-vous de lui ?
Aurore, 15 ans de Belgique
Quand Laurent Ruquier m'a proposé un beau
jour (il y a presque dix ans !) de devenir chroniqueur dans l'une de ses
émissions, il m'a précisé : "Vous serez totalement libre" (A l'époque, on se
disait "vous"). Je l'ai cru et le fait est qu'il a tenu parole. Ils ne sont
pas si nombreux que ça les espaces médiatiques où, tant bien que mal, les
"minoritaires" (pour ne pas dire : les "contestataires") sont "libres"… de
ne pas être tout de suite virés.
Qu'est-ce que je pense de Ruquier ? Pour vous en donner une idée, je citerai
un extrait de la préface que j'ai écrite pour son Mois par moi :
"J'ai trouvé chez Laurent Ruquier ce que j'ai toujours aimé chez Emile Zola
- une absence complète d'état d'âme, une opiniâtreté, un acharnement
quotidien, le même souffle, voire la même santé. Zola disait à ses disciples
: "Faites-en un maximum !" et, lui-même, à cinquante-trois ans, contemplant
les vingt tomes des trente-et-un volumes de ses Rougon-Macquart, s'écria :
"Et maintenant passons à la suite !" Car Zola écrivait chaque jour, sans
relâche, sans répit, retenu par son oeuvre comme un chien par sa laisse.
"Voué à des méthodes de travail dures et simplistes, il avait l'appétit du
palpable", disait de lui Henri Barbusse, qui soulignait ainsi la
personnalité de cet agitateur laborieux : "Ce n'est pas un raffiné".
Sous sa fraîcheur encore juvénile et son allure de grand niquedouille,
Ruquier est un énergumène de cet acabit. Il n'a pas choisi la littérature,
il s'est tourné vers l'humour, mais comme l'auteur de Germinal, c'est un
forçat. Depuis que je le côtoie, je le vois dans un état de qui-vive
perpétuel. Le bon mot, le trait d'esprit, la boutade, il les lui faut, coûte
que coûte, et pas ce soir ou dans une heure, là, tout de suite, devant vous,
à l'instant : obtenir le rire de ses amis, celui du public, le sien - ah, le
rire de Ruquier, cet étrange soulèvement de plaisir qui monte, enfle et
éclate comme autant de salves adolescentes ! Faire une saillie (c'est
l'expression juste), et c'est ce qu'à chaque instant Ruquier vise. Tant pis
pour qui se trouve sur son chemin... "
Mr Miller,
Vous qui êtes un peu l'intello de la bande, et surtout vous qui êtes
psychanalyste. Vous qui incarnez par conséquent la réconciliation avec soi
même par les mots et avec les mots. Vous qui savez combien il est difficile
de se construire une identité, de s'enrichir de mots, d'histoire, de
connaissances et de moments partagés avec son entourage. J'ai envie de vous
demander de commenter cette phase de Jean Anouilh : "Il n'y a qu'un seul
remède à l'amour : la fuite". C'est un thème assez universel toute forme
d'amour confondues et votre avis même bref (mais votre style est puissant)
devrait intéresser pas mal de gens.
Un fan de vos satires même si je ne les approuve pas toutes...
Laurent Salvador (étudiant Montpellier)
L'amour n'est pas une maladie, dont il
faudrait trouver le "remède" ! C'est plutôt un écran, qui masque le réel de
la dysharmonie entre les "êtres parlants" (comme dit Lacan). L'amour arrive
à nous faire croire que nous pouvons ne faire qu'un avec l'autre, alors que
nous restons fondamentalement séparé de lui. Ce qu'il faut apprendre, et
chacun pour son propre compte, c'est à anticiper sur le dévoilement
(inéluctable ?) de ce réel, afin d'en moins souffrir le moment venu. Aimer,
comme si c'était à chaque instant une surprise et comme si cela devait
s'arrêter le lendemain ! La vérité, pour insupportable qu'elle soit (elle
n'a, en tout cas, aucune raison d'être drôle), peut ainsi engendrer d'autres
attitudes que… la fuite.
Bonjour,
Comment pouvez-vous être psychanalyste et médiatisé ?
Je n'y connais rien mais il me semble que c'est impossible pour le "patient"
de faire un transfert sur un personnage public.
Merci de votre réponse
Agnès
La psychanalyse n'est pas une mère poule
freudienne, inquiète dès que son petit s'écarte du divan. A la Fac, dans une
conférence ou… à la télé, ce qui est en cause, ce n'est pas le public auquel
on s'adresse, c'est ce qu'on lui dit. Ce n'est pas la tribune,
inévitablement hétérogène à la pratique analytique, c'est ce qu'on y fait. A
la télé, précisément, j'ai une thèse simple : "Qu'importe l'émission, pourvu
qu'on ait l'ivresse !" Sur un plateau, je préfère mille fois m'amuser avec
des humoristes que pérorer entre autorités académiques. Dans tous les cas,
ce que j'ai envie de susurrer, je ne peux le dire qu'en contrebande - autant
que ce soit dans la gaieté. Quant à celui qui fait une analyse, même si son
analyste ne passe pas à la télé, il en sait toujours beaucoup sur lui. Si
celui-ci habite le XVIème ou le XIème, s'il prend la parole à un colloque,
si on trouve dans sa salle d'attente Le Nouvel Obs ou Le chasseur français,
si on croise ou non ses enfants dans la cour, si on voit dans son cabinet
tel livre, ou tel objet, ou telle photo, etc. - que d'infos ! Je le dis
souvent : quand on est psy et qu'on passe à la télé, c'est comme quand on
est psy et qu'on ne passe pas à la télé, sauf… qu'on passe à la télé.
Bonjour !
J'aime beaucoup vos analyses a la télé comme a la radio.
J'ai également beaucoup aimé Minoritaire et Après la colère.
Mais j'aimerais connaître votre avis sur l'écrivain Alain Soral? Merci et
bravo
Patrick Dufour
Si, après avoir lu Minoritaire et Après la
colère, vous me posez cette question sur l'auteur inoubliable de "Je préfère
le voile au string" et autres "audaces" infâmes à la Dieudonné, vous devez
vous douter de ma réponse…
J'ai senti une certaine attitude de votre
part envers certaines chroniqueuses, une en particulier. Qu'en est-il
réellement?
Antonio Severino
Laurent Ruquier choisit seul ses
chroniqueurs, et c'est tant mieux. S'il m'avait demandé mon avis, je crois
bien que je lui aurais déconseillé la majorité de mes petits camarades !
Bien évidemment, j'aurais eu tort. Si ses émissions ont un entrain
incontestable, c'est grâce à l'hétérogénéité de ceux qui composent sa
"bande". Et puis, de Steevy à Elsa Fayer, en passant par Jean-Bernard Hebey
ou Paul Wermus, je me suis fait à tous et à chacun. Je n'ai de conflit avec
personne, d'ailleurs je ne dis jamais de mal d'un chroniqueur (en dehors des
studios, bien évidemment, puisque le jeu, c'est de ne pas s'en priver en
direct), et j'ai même eu quelques "bonnes surprises" après coup. Conclusion
: ne cherchez pas épier mes antipathies, elles s'évanouissent sitôt les
micros éteints.
Je voudrais savoir si vous pensez vraiment
que le gouvernement actuel ne fait rien de bon ?
Guillaume
Comme je ne réclame pas de droit
d'inventaire et que, publiquement, il est rare que je fasse dans la dentelle
(faute de temps, le plus souvent), j'aurais tendance à vous répondre que le
gouvernement actuel ne fait, en effet, rien de bon. Mais dit comme ça, ce
serait tout de même un peu abrupt ! Alors je répondrai qu'il y a tout de
même du bon, comme, par exemple, certaines déclarations récentes de Philippe
Douste-Blazy, contre l'évaluation forcenée de la détresse psychique. Mais,
bon, même dans ce cas, rien ne semble acquis…
Bonjour,
Nous sommes des élèves de terminale dans un lycée de Drôme et dans le cadre
de nos TPE (pour un exposé) nous étudions la question brûlante de l'adhésion
future (?) de la Turquie dans l'Union Européenne.
Afin de mieux conduire notre dossier, nous souhaitions recueillir votre avis
sur le problème afin de l'intégrer dans notre dossier, si cela vous est
possible.
A savoir, sur le plan éco, l'intégration de la Turquie vous parait-elle
pouvoir ouvrir de nouveaux débouchés en faveur de l'UE?
Le statut de partenariat privilégié n'était-il pas un meilleur compromis?
Pensez vous que les différences culturelles constituent une barrière? Que
dire de la politique intérieure turque?
Enfin les progrès du gouvernement Erdogan vous paraissent-elles un argument
suffisant en faveur de l'intégration?
En attendant votre réponse, si vous trouvez un peu de temps à nous
consacrer, Veuillez agréer nos salutations les plus sincères.
Trois élèves de Tes2
De lycéens m'écrivent parfois pour me
demander un coup de main (exposés, dossiers, rapports…), et je suis toujours
embarrassé de leur répondre que je ne souhaite pas me coller à l'exercice.
Les questions m'inspirent à l'occasion (même quand, une fois de plus, on
m'interroge sur Mai 68 ou sur la différence entre psychanalyse, psychologie
et psychiatrie !), mais pas le contexte scolaire : j'ai l'impression que je
ne pourrai pas m'en tirer, si le besoin s'en fait sentir, par mes
habituelles pirouettes discursives. Mauvais souvenir, j'imagine, de mes
années-lycée. Désolé !
Bonjour Gérard , sachez que je vous aime
beaucoup , j'aurais voulu savoir si malgré votre présence a la télévision,
vous êtes toujours Professeur ?
Continuez comme ça.
Est-ce indiscret de vous demander pourquoi vous n'êtes plus avec Michel
Drucker ?
Sylvain.Boucher
Toujours prof, oui, à l'université Paris 8,
dans le département de Psychanalyse, où j'ai une chaire intitulée :
"Psychanalyse et politique".
Du coq à l'âne : je ne suis plus chez Drucker, parce qu'il m'a viré il y a
plusieurs années de cela, après la sortie de mon livre, Minoritaire. Mais,
rassurez-vous (si, du moins, vous étiez inquiet), nous nous sommes depuis
réconciliés. Bon, cela dit, il y a encore des gens qui me croisent dans le
rue et qui me disent, comme si j'étais toujours dans l'émission de Drucker :
"A dimanche prochain !" Si ça se trouve, j'y suis encore, sans le savoir.
Bonjour je m'appelle Aurélie, j'ai 19 ans et
depuis 3 ans je suis passionnée par la psychanalyse (mon premier livre - pas
vraiment psychanalyste - Le mythe de Sisyphe).
J'avais deux questions a vous poser :
- J'aurais voulu avoir votre avis en tant que psychanalyste sur
"psychanalyse des contes de fées" de Bruno Bettelheim. Étant très occupée
par mes études je ne suis qu'au début mais j'ai parcouru quelque
explication. J'aurais avoir votre avis sur se livre.
- Je suis une adepte de Freud et je le lis beaucoup. Je souhaite entamer
après Bettelheim "études sur l'hystérie" de Freud et Breuer. Et justement si
vous avez lu ce livre, j'aurais aussi voulu avoir votre avis car certains
troubles qu'il explique (je l'ai un peu parcouru) peuvent être attribué à
tout le monde. Pensez vous que chacun est dans un moment de sa vie
hystérique, voire même que l'hystérie est sans cesse permanente chez nous et
que nous la faisons s'accroître dans certains moments ? Sommes nous en
perpétuel crise d'hystérie dans nos réactions (hystéries à des degrés divers
évidement) ?
Merci.
Les Etudes sur l'hystérie, c'est le premier
grand classique de Freud (même s'il ne l'a pas écrit seul). On y comprend
comment il va progressivement inventer la psychanalyse grâce aux
hystériques. Regardez d'un peu plus près les histoires de patients que ce
livre rapporte : les symptômes d'Anna O, par exemple, sont quand même
carabinés - on peut difficilement les attribuer à tout le monde. Je ne crois
pas que tout le monde est "un peu" hystérique, comme on l'entend ici ou là,
même si des traits hystériques peuvent se retrouver en dehors de l'hystérie.
Bon, j'arrête, vous expliquer les différentes structures psychiques serait
un peu long…
Bruno Bettelheim, maintenant. Je connais bien sa Psychanalyse des contes de
fées, je l'ai également préfacée (avant Ruquier !) dans l'une de ses
éditions françaises. J'écrivais notamment de lui : "Toute l'oeuvre de Bruno
Bettelheim interroge d'abord les parents sur ce point : mais quel enfant
voulez-vous donc avoir ? Quel sorte d'homme ou de femme voulez-vous qu'il
devienne plus tard ? Certes, vous ne réussirez jamais à avoir un enfant sur
mesure, mais dites-vous bien que chacune de vos décisions, chacune de vos
démarches, aura ses conséquences. Aussi, c'est la moindre des choses : ne
lui parlez pas à la légère et regardez à deux fois avant de le contraindre.
Car quoi que vous fassiez, vous fabriquerez pour votre part un être
différent.
Devant un père, sévère et décidé, qui lui disait souhaiter tout bonnement
que son fils fasse preuve d'"une certaine souplesse" et puisse ainsi
"s'adapter aux changements du monde", Bettelheim ironisa : "Formidable ! Si
Hitler arrive, il sera pour Hitler, et si Staline arrive ensuite, il sera
pour Staline. C'est ce genre de souplesse que vous souhaitez ?" A une mère
qui le trouvait vraiment trop patient et insistait pour gifler au moins sa
fille quand elle se mettait à courir sur la chaussée, Bettelheim répondit
posément : "Mais parfaitement, vous pouvez la gifler. Elle se dira alors
qu'il lui suffit d'aller dans la rue en s'arrangeant pour que personne ne la
remarque et, du coup, elle fera attention à maman au lieu de faire attention
aux voitures."
Dire, pensait Bettelheim en écrivant sa Psychanalyse des contes de fées, que
ce sont les sorcières et les ogres qu'on accuse de "traumatiser" les enfants
!
Les sorcières et les ogres, Bettelheim, lui, les trouvait au contraire
excellents pédagogues. Tout comme les dragons, les loups et autres terreurs
pour culottes courtes. Il justifiait ainsi son choix : privez l'enfant des
monstres dont lui parlent les contes, et vous le livrerez pieds et poings
liés à ses pires angoisses. Car qui met à l'index les contes pour en
exorciser l'horreur, oublie ce monstre familier et féroce "que l'enfant sent
en lui, qu'il a peur de découvrir et qui, parfois, le persécute". Qu'on le
veuille ou non, les chérubins ont des désirs de meurtres, rêvent de couper
le monde en mille morceaux ! Autant leur préciser qu'ils ne sont pas seuls
sur terre à nourrir d'aussi sympathiques pensées...
Jardinier de l'inconscient, Bettelheim avait sa définition de l'enfance :
"C'est l'époque où les fantasmes ont besoin d'être entretenus." Constituant
le plus étonnant des "patrimoines imaginatifs", les contes de fées avaient à
ses yeux le mérite d'encourager l'enfant à "fantasmer". Et, dans le même
temps, de lui apprendre à maîtriser les "forces obscures de son inconscient"
: "Si notre peur d'être dévoré se matérialise sous la forme d'une sorcière,
il est facile de s'en débarrasser en la faisant rôtir dans un four ! Dès
lors, le déplaisir initial de l'angoisse devient le grand plaisir de
l'angoisse affrontée avec succès."Citant les résultats d'une enquête sur "le
comportement agressif des enfants", comment Bettelheim ne se serait-il pas
félicité de voir que les enfants "peu imaginatifs" se retrouvaient "plus
actifs que réfléchis", à la différence de ceux dont on avait "encouragé les
fantasmes agressifs" et qui, devenus progressivement "créatifs", préféraient
désormais le verbe à la violence ?"
Ma question est la suivante : comment Gérard
Miller détermine que quelqu'un peut devenir un(e) ami(e) proche. Autrement
dit, quels sont les valeurs fondamentales que cette personne doit avoir pour
que Gérard s'attache à elle et décide de l'accompagner dans la vie dans une
relation amicale ?
Autre question : a t'il eu une amitié avec un ou une patiente analysant(e)
lorsque la cure analytique s'est achevée et si oui, comment cette amitié
s'est elle manifestée ?
J'espère que mes questions seront prises en compte. Merci
Choupi
La qualité que je préfère est sans doute le
respect de la parole donnée. Se sentir engagé par ce qu'on a dit - voilà ce
à quoi je suis tout particulièrement sensible. Et aussi bien pour les
petites choses de la vie que pour les grandes ! Quant aux patients dont j'ai
pu diriger la cure, certains travaillent, par exemple, à l'université, à
l'hôpital ou dans d'autres lieux que moi-même je fréquente : je les croise
donc, nous nous voyons en réunion, en colloque, je peux en avoir certains
très à la bonne, mais "amitié" n'est pas le sentiment qui convient pour
désigner les rapports "post-analytiques" que nous entretenons. L'amitié
suppose pour moi une familiarité qu'il est difficile d'envisager avec celui
ou celle dont les symptômes, le malaise, la souffrance, ont provoqué pendant
si longtemps la rencontre analyste-analysant.
Monsieur Miller,
Quels sont vos derniers coups de cœur et coups de gueule télévision, cinéma,
chanson, littérature et politique ?
Etes vous un fervent utilisateur d'Internet ? Si oui, quels sont les sites
que vous consultez régulièrement ?
Postik
Je consulte mes mails régulièrement, je
consulte beaucoup les sites "pratiques" d'Internet (de la Sncf à
Allo-Ciné, de la Maif à
Telemarket, d'http://www.orange.fr
à
http://www.impots.gouv.fr) ceux liés au Champ freudien (tel
http://www.causefreudienne.org/) auquel j'appartiens ou encore ceux qui
apportent des informations originales et utiles (tel
http://www.acrimed.org/). Pour le
reste, je suis un internaute qui a peu de patience (mais je vais, dans la
plupart des cas, voir les sites qu'on me signale). Il arrive, cependant, que
je me balade, au hasard, pour prendre l'air de la Toile - j'en reviens
souvent déçu, mais bon…
Quelques "coups de coeur" ? Livre : Télévision, de S. Breton. Film :
Va, vis et deviens, de Radu Mihaileanu… Concert : Lhasa (au grand Rex).
CD : Monsieur Clément. Pièce : La Locanderia, de Goldoni. BD :
Quartier lointain, de Taniguchi.
Le psy n'est pas loin lorsque comme dans "le
goût du noir" (hélas disparu de l'antenne), vous inventez un dispositif qui
n'a qu'un seul but : donner une place au déploiement d'une parole vraie, se
jouant des barrière sociales, culturelles ou politiques...
Si une chaîne vous donnait carte blanche pour animer une émission, la
souhaiteriez-vous "intime et chaleureuse" (proche du G. Miller qui tente de
faire circuler la parole dans feu "Le goût du noir" sur la Cinquième), ou
bien "subversive et sulfureuse" (proche du G.Miller qui tente de prendre la
parole chez Laurent Ruquier sur France 2?).
D'une manière générale, quelles sont les émissions que vous aimez regardez à
la TV, ou écoutez à la Radio (si vous en avez le temps).
Depuis quelques années (depuis que j'en fais
moi-même beaucoup ?), je ne regarde jamais la télévision pour le plaisir.
J'essaye tout juste d'entrevoir chaque nouveau programme quelques minutes,
histoire de pouvoir en dire un mot si on m'interroge, mais pas davantage.
Quant à une émission qu'on me proposerait d'animer (comme Le Goùt du Noir,
que j'aimais vraiment beaucoup)… je suis partant, pourquoi pas ? - même si
les demandes ne se bousculent pas au portillon ! Mais entre les deux
"genres" que vous évoquez, non, pas de préférence.
Il est parfois difficile d'être la
progéniture d'une star ou d'une célébrité.Vous avez maintenant acquis une
certaine notoriété . Votre fils, ado maintenant, ne vous a-t-il ainsi jamais
demandé de vous "calmer" lors de vos passage TV ? ("Papa arrête ! t'es lourd
!"). On est en droit de se demander si votre image médiatique "d'insurgé
professionnel", ne fait pas peser un poids sur les épaules de vos enfants
dont ils se seraient bien passé peut être (non pas qu'il seraient malheureux
de votre notoriété, mais qu'il s'en passeraient peut être volontiers) . Le
simple fait d'être un "fan" (disons plutôt un "sympathisant") de "Gérard
Miller" est déjà difficile à vivre chez moi, et les gens me le font payer au
point que j'ai même plutôt tendance à cacher à mon entourage cette sympathie
que j'ai pour vous et ce que vous êtes.
Est-ce facile d'être le fils ou la fille de Gérard Miller ? (à l'école par
exemple). Avez-vous déjà évoqué ces questions avec eux, et si oui, qu'en
est-il ressorti ? Vous ont-ils déjà fait part d'expériences négatives dues
uniquement à votre notoriété ou au nom qu'il porte ?
Je vais donc vous surprendre : dans
l'immense majorité des cas, sans doute même la quasi-totalité (je n'ai en
tête qu'une remarque désagréable faite à mon plus jeune fils, l'année
dernière, par un prof qui m'était manifestement hostile), mes enfants
entendent des choses plutôt très gentilles sur leur père. Si ça se trouve,
c'est peut-être ça qui leur donnera un jour envie de prendre un faux nom et
de rentrer dans la clandestinité ! Pour l'instant, pour ce qu'ils me
racontent (mais la télé, ma "notoriété" et tout le reste, ne les occupent
pas beaucoup), ils m'ont l'air de très bien gérer la situation.
Vous qui mettez un point d'honneur à ne pas
être au contact de la souffrance des gens et à ne pas faire de "psychanalyse
sauvage" dans le cadre du petit écran, vous aviez tout de même accepté de
faire "l'hypothèse Freudienne"sur France 2, qui d'après ce que j'ai compris,
était en réalité une "mise au placard" par Michel Drucker précèdent un
éventuel licenciement (officieusement, parce que vos prises de position
dérangeaient). C'est dans cette chronique que je vous ai paradoxalement le
plus apprécié ! Elle était en effet une fenêtre par laquelle vous faisiez
entrevoir pendant 1 minute ces logiques invisibles qui orientent malgré eux
la vie des êtres humains. Emettre ainsi l'hypothèse que Bernard Tapie se
vivait comme un "Phallus" se sentant investit de la mission de requinquer
toute entreprise en difficulté (toute "Mère châtrée" ?), ou de tenter
d'expliquer le "rapport à la mort" de Yannick Noah par le vécu mystique
qu'il a eu avec celle de son grand père, etc... (la liste est longue, et
j'ai encore les K7 !), cette minute qui invitait les invités à s'interroger
sur leurs choix de vie était passionnante !
Pourquoi avoir accepté à l'époque de présenter "L'hypothèse Freudienne"
puisque cette chronique vous faisait flirter avec "la ligne jaune" de
l'éthique qui est la vôtre : "Ne jamais faire le psy à la télé".
Pouvons-nous espérer vous entendre parler un jour de psychanalyse à la
télévision ? (chaîne thématique, chroniques, documentaires... ) ou bien la
psychanalyse n'a t-elle selon vous pas sa place dans le salon d'un
téléspectateur, mais uniquement sur un divan, dans les livres, les
conférences ou à l'université ?!
L'hypothèse freudienne chez Drucker, comme,
des années plus tôt, Les infortunes du divan dans Libération, c'est en effet
un exercice "à la limite" (j'accepte tout à fait l'image de la "ligne
jaune") : un "regard" freudien, voire même un simple clin d'œil. Le fil du
rasoir… Surtout s'arrêter avant que ça dérape dans la psychanalyse sauvage !
C'est d'autant plus compliqué à la télévision, que celle-ci est, de
structure, antinomique avec la psychanalyse : la télé veut dire la même
chose à tout le monde, la psychanalyse tente de s'adresser à chacun en ce
qu'il a de plus singulier. Parler de psychanalyse sur France 5 ou Arte peut
s'envisager, mais à dose homéopathique !
PS. Apprendre que vous gardez les K7 de mes Hypothèses freudiennes ne me
gêne pas : c'était écrit, donc travaillé. Mais imaginer qu'on puisse garder
trace de telles autres de mes interventions télé (ou radio), improvisées,
brouillonnes, fourmillant inévitablement de pataquès, de confusions,
d'approximations, de répétitions, d'erreurs en vrac - quelle horreur !
Votre virulence sur certains sujets, allant
parfois jusqu'à une théâtralité quasi "hystérique" (le mot est fort, mais il
y a un peu de ça), créant un malaise jusque chez le téléspectateur devant
son écran (et je sais de quoi je parle !) Votre passion presque indécente à
dire la vérité sans concessions, quitte à la balancer à la tête des gens,
surtout s'ils n'étaient pas venus vous la demander sur le plateau (on va
généralement la chercher chez un psychanalyste cette vérité, on ne s'attend
pas à ce qu'un psy quitte son cabinet pour venir vous l'offrir... "sur un
plateau".). La dernière en date s'étant déroulée sur le plateau de"On a tout
essayé" où vous avez jugé bon d'évoquer les liens d'une chanteuse avec
l'église de scientologie, liens qu'elle ne cachait pas, mais qui
manifestement ne rentraient pas dans sa logique promotionnelle de cet album
là (et elle n'a pas apprécié, ce qui vous à gêné ET réjouit de la réaction
que vous avez suscité sur le plateau !).
Quel est le sens de votre présence dans les medias ? C'est vrai quoi ! vous
n'avez pas de spectacle à vendre, pas d'image à entretenir, pas de besoins
particuliers nécessitant d'arrondir vos fin de mois, pas de blessures
narcissiques à réparer, et vous dites vous même ne plus être un
"révolutionnaire professionnel". Alors "à qui" ou "à quoi" s'adresse votre
discours dans les medias et notamment votre impayable et légendaire capacité
d'indignation ?
Je me risque à suggérer un début de réponse : Y'aurait-il à tout hasard un
lien direct ou indirect avec les conclusions que vous avez tiré à la fin de
votre psychanalyse personnelle concernant votre manière d'être au monde, le
nouage de votre vie personnelle à la vie sociale. Je pense par exemple à la
chute du "Sujet-supposé-savoir", la chute de la figure d'un "Autre tout
sachant" vous rendant allergique à quiconque s'en ferait le représentant ou
parlerait en son nom ? (cf: votre livre "Ce que je sais de vous
disent-ils").Contre qui ou quoi êtes-vous en croisade ? Pourquoi faire
entendre votre voix dans les medias ?, quel est votre but ?...Enfin bref :
où voulez-vous en venir ? Qu'est-ce que vous faites là dans mon salon, dans
ma radio, dans mes journaux et dans mes magazines tout les jours ? Je vous
adore, et vous me manquerez un peu lorsque vous quitterez les feux des
projecteurs, mais pardonnez-moi, je m'interroge quand même ...
A la télé, chez Ruquier en l'occurrence, je
m'amuse le plus souvent - ne sous-estimez pas ce point. Cela dit, quel est
mon " but ", comme vous dites ? Quand on me le demande, je réponds : être un
grain de sable et produire des effets de vérité. Des effets de vérité, pas
des réponses. Faire valoir un trait spécifique dans un ensemble
uniformisant. Et puis aussi, porter un témoignage : qu'il y a de la
psychanalyse… ailleurs. C'est un objectif tout à fait digne que de laisser
entrevoir au public que quelque part, dans cette société vouée au grand
nombre et à la standardisation, existe une pratique vouée au désir et au
détail.
Je vous trouve un point commun avec Karl Zéro
(et oui !) : vous semblez n'avoir d'yeux que pour la politique. Dès que vous
prenez la parole, il est presque certain que c'est de politique que vous
allez parler, vous semblez ne jurez que par ça. Il y a des "obsédés sexuels"
qui ramènent TOUT sur le terrain du sexuel (et on en connaît, surtout à la
TV !) :o), alors seriez vous par hasard un "obsédé politique" qui aurait le
talent de ramener absolument TOUT sur le terrain du politique ?
Vous semblez être passionné par la politique. Parlez-vous autant de
politique entre amis ou en famille , Vous sentez-vous investi d'une
"mission" citoyenne lors de vos interventions médiatiques ou dans la "cité"
(grèves, manif, rassemblements etc.) ? Serait-ce une déformation
professionnelle ? (Science Po) ou pensez-vous que le bien être des gens ne
peut passer que par la politique et rien d'autre ?
Je le raconte dans Minoritaire. J'ai appris
que Simone Signoret avouait en son temps venir à la télé pour y mener des
"actions de commando" (c'était son expression), c'est-à-dire pour glisser
subrepticement dans des interviews convenues de courts messages de soutien
aux causes qu'elle encourageait de sa popularité. Je suis comme elle, je
n'arrête pas de profiter de l'aubaine d'être présent à la télé pour dire ce
qui me tient à cœur. Cette conception a au moins un avantage : ça passe ou
ça casse. Aucune mission à remplir, juste des petites loupiottes à allumer
de temps en temps.
PS. Je parle d'autant plus volontiers politique que ceux qui m'entourent
mettent un point d'honneur à fuir le sujet.
Ceux qui connaissent un peu la psychanalyse
savent qu'un psy n'est à sa place QUE dans son cabinet de psy, et qu'à
extérieur il n'est plus "un psychanalyste", mais un homme comme les autres
(enrichi certes d'une certaine lucidité que lui a conféré les découvertes
qu'il a faites sur lui-même et l'humanité lors de sa propre analyse). Mais
l'on vous connaît et Laurent Ruquier s'adresse souvent à Gérard "le psy de
l'équipe", et la confusion est flagrante aux yeux du grand public qui n'est
pas au fait de cette différence capitale (qu'il ne peut y avoir de
"psychanalyste" QUE dans un lien transférentiel qui unit un psy et son
analysant). Vous répondez à cette critique quelque fois dans vos livres
c'est vrai, mais tout ceux qui vous écoutent ou vous regardent n'achètent
pas forcément vos livres, surtout s'ils ont été dérangé ou choqué par
certains de vos propos virulents voir "intolérants" . (Exemple d'intolérance
selon moi : lorsque vous parlez sur Europe 1 des "simagrées" du mariage, ou
encore lorsque vous proférez des propos cyniques et condescendants face à
ceux dont la vie est guidée par une croyance X ou Y, qu'elle soit
religieuse, culturelle, mystique etc... ou encore le mépris que vous
affichez pour le Football et ses dévots par exemple). En tant que
"psychanalyste le plus connu de France" (bien plus même que Freud ou Lacan
aux yeux du téléspectateur lambda !), vous ne considérez pourtant pas avoir
cette responsabilité a gérer l'image que vous donnez du "psy", vous restez
vous même, tel que vous êtes (subversif), vous mettez un point d'honneur a
ne jamais affecter l'attitude du psy, à ne pas être le "poisson froid" (ça
on ne peut pas vous le reprocher en effet !) que l'imaginaire collectif a de
l'image à laquelle est censé correspondre un psychanalyste. Certes la
"subversion" a toujours été le propre du fonctionnement de l'inconscient ,
de la psychanalyse, et donc du psychanalyste, et en cela vous incarner à
vous seul ce discours dans le PAF et donc dans les chaumières. Mais la
psychanalyse a déjà la vie dure, elle ne fait aucune concessions, ne se
rallie à aucune mode, et ne s'attire donc pas la sympathie depuis quelques
années du grand public qui, non seulement ne la connaît pas, mais en a aussi
peur, l'associant parfois à une "Charles-hâte-ânerie" pratiquée par des
"intellos allumés du ciboulot", et se dirigent donc plutôt vers des
psychothérapies plus ouvertes, accueillantes et jouant sur la suggestion et
l'empathie.
N'avez-vous aucun état d'âme face au mal que votre virulence (confinant
parfois à l'intolérance) fait non seulement à ceux qui se sentent blessés
par vos propos, mais surtout à la réputation des 'professions psy dans le
grand public ? Ne serait-il pas de votre devoir de faire quelque chose pour
remédier un peu à cela ? (Je sais que vous rappelez souvent sur les plateaux
que c'est VOUS et pas "le psy" qui s'exprime, c'est bien, mais est-ce
suffisant ?). Quelle personne souffrante, fragilisée, et donc sensible au
jugement, oserait aller confier sa vie la plus intime a une communauté (les
psy) dont le représentant le plus médiatique vous montre l'image quasi
quotidienne d'un individu qui vous "saute dessus" tel un Pitbull, dès qu'il
entend quelque chose qui est en désaccord avec sa morale, ses valeurs, ses
affinités politiques ou l'idée qu'il se fait de l'humanité ?
Allons, allons, presque tout le monde le
devine, je suis une bonne pâte. D'accord, certains croient encore que je
suis méchant parce que je m'emporte. Mais c'est que j'aime débattre, et pas
à fleurets mouchetés ! Or la télé, tout en devenant de plus en plus brutale,
supporte de moins en moins le débat, la polémique, les arguments.
Franchement, qui est un pitbull ? Celui qui pousse quelqu'un à tromper sa
femme en direct, ou celui qui tente, à l'occasion, de lancer à la télé une
vraie controverse ?
Quand vous avez une discussion enflammée avec
Lara Fabian tentant de lui faire entendre qu'entre les hommes et les femmes,
et bien "ça ne marche pas" (laissant sous-entendre donc qu'elle fait son
beurre en exploitant une illusion) et elle, d'être choquée par ce que vous
avancez. Difficile de ne pas entendre derrière vos propos le Gerard Miller
Psychanalyste qui tente d'évoquer le fameux "il n'y a pas de rapport sexuel"
de Jacques Lacan (parlant de l'incommunicabilité fondamentale entre les
êtres humains et notamment entre les hommes et les femmes, en raisons des
lois signifiantes et langagières qui régissent la différence des sexes). Ou
encore parlant à Serge Lama et de son histoire particulière avec son père ,
qui le fit vivre véritablement "pour deux", avec son style très sonore (il
chante pour 2), son amour de la bonne chair (il mange pour 2) etc., comme
s'il vivait en même temps sa carrière à lui et la carrière que son père n'a
jamais eue. Pareil un jour où vous parlez à Soeur Emmanuelle de la mort de
son père qui a correspondu avec sa découverte de la foi, d'un Père encore
plus fort, plus fort que la mort, digne d'amour : DIEU. (Tenter de provoquer
Sœur Emmanuelle quand même !, le blasphème suprême !, sur le plateau de M.
Drucker en plus ! il faut le faire, c'est gonflé !). Ou plus récemment sur
le plateau de "On a tout essayé", où vous mettiez en doute le bien fondé de
la mode du "Coaching" aux vues du lien suspect que la psychanalyse nous
permet de faire entre "transfert et suggestibilité" .
Qu'attendez-vous de ce genre d'interventions qui ne peuvent que tomber à
coté de leur adresse sur un plateau télé ? Vous savez par avance que vous ne
serez pas entendu de là où vous parler, vous ne ferez même qu'aggraver les
réticences, les "résistances", alors à quoi bon ? Faire réfléchir ?
provoquer ? déranger ? déstabiliser ? ...
(PS: Quoiqu'il en soit, vos "happening" dans OATE valent souvent leur pesant
de cacahouètes, merci pour ça !)
Mais on ne sait jamais ce que l'autre fait
de ce que vous lui dites. Ni à la télé, ni ailleurs. C'est même le statut de
toute parole, qu'elle vous échappe ! En tout cas, je ne cherche pas à être
"compris" par les présentateurs ou les journalistes, j'anticiperais même
plutôt sur leur surdité structurale, en essayant de produire des énoncés
quelque peu inclassables... Voilà, en fait, non seulement le malentendu ne
me fait pas peur, mais je l'entretiens. Ni pour "déranger", ni pour
"provoquer", ni pour "déstabiliser", ni pour… Mais pour vérifier cette thèse
fondamentale : on ne "comprend" que ce qu'on sait déjà. Pour apprendre
quelque chose de nouveau, il faut en être surpris.
Je ne sais pas si c'est un trait commun chez
"les Miller", mais tout comme votre frère Jacques-Alain, vous vous êtes fait
remarquer par une colère télévisuelle plutôt "carabinée" ! (Pour votre
frère, c'était lors de l'émission "Culture et dépendance" en 2004 sur France
3, réagissant au rapport de la psychanalyse avec la psychiatrie, la
neurologie, et surtout de la nécéssité de son indépendance par rapport à
l'état.)
Pourquoi cette "véhémence" sur les plateaux télé? et je ne parle pas
seulement de la fameuse "colère", mais de votre attitude pendant les
quotidiennes. Ca sert sûrement vos nerfs à l'instant "T", mais est-ce que ça
sert vos idées ou votre cause ? S'il est vrai que l'agressivité apparaît
lorsque les mots n'y suffisent plus, on est en droit d'attendre plus de la
part du professionnel de la parole que vous êtes, non ? Assumez-vous
complètement ce mode de communication pour le moins "impulsif et violent"
dans lequel vous semblez passer lorsque votre point de vue a du mal a passer
? A part un mouvement de rejet, qu'espérez-vous que cette attitude puisse
susciter chez les autres ?
J'ai dit à mon frère que sa colère, à
Culture et dépendance, l'avait desservi. La télé est un média rond, qui
privilégie les tons patelins et les manières affables - qui ne se plie pas à
ses contraintes le paye, en effet, d'une "mauvaise image". Mais ça, c'est
sur le court terme. Quand on tient le coup "après la colère", les choses
peuvent se renverser ! J'ajouterai que de Mai 68, je cite souvent ce joli
slogan : "Quand c'est insupportable, on ne supporte pas." Même si c'est
"mauvais pour l'image" ? Même. Aucun "mode de communication" là-dedans.
Votre notoriété semble vous amuser. Vous
signez des autographes et ne fuyez pas vos "admirateurs/trices". A
l'université, dans la rue ou à la boucherie du coin en bas de chez vous, on
vous envisage différemment d'il y a quelques années lorsque vous n'étiez pas
connu. A travers votre profession (psychanalyste), vous êtes habitué à ce
que vos analysants vous "aiment" plus que de raison et voient en vous et au
delà de vous plus de qualités que vous n'en avez en réalité ( le "transfert"
). Vous n'en êtes pas dupe, et cela vous donne sûrement une lucidité sur ce
phénomène que beaucoup de personnes pourraient prendre pour de l'amour
véritable .
Retirez-vous une satisfaction personnelle dans cette notoriété qui est la
vôtre ? ou bien subissez-vous plutôt ce phénomène comme une contrainte et
une responsabilité supplémentaire ? (qui vous imposerait par exemple d'être
"toujours agréable", "toujours disponible" pour ne pas décevoir votre public
lorsque celui-ci vient à votre rencontre).
Je vous confirme ce que tous les "vu à la
télé" racontent : dès que vous êtes connu… on vous reconnaît, on vous
invite, on vous chouchoute. Cela finit peut-être par être désagréable quand
ça change votre façon de vivre, je ne sais pas - dans mon cas, aucun
désagrément à regretter pour l'instant. Et puis, il faut dire que je suis
aimable et souriant naturellement ! Sauf, quand on me tympanise ou qu'on me
tient la jambe, mais c'est finalement très rare.
Vous avez le chic pour vous attirer les
foudres, les critiques, voire même la haine (Delon, Verges, Montaldo,
Bardot, Drucker et j'en passe !) que des gens bien quoi ! ("Michel, si tu
nous écoutes : désolé !"), et pourtant vous semblez ne craindre personne et
rester indifférent aux critiques féroces et autres réactions de rejets que
vos prises de positions suscitent. Où puisez-vous cette force et cette
énergie ? Quel est votre secret pour rester aussi zen et égal à vous même
malgré tout, sans jamais plier, sans jamais vous sentir atteint ni blessé ?
(Exemple : Alain Delon parlant de vous chez Marc Olivier Fogiel en des
termes assez violents, si c'est pas de la haine et du mépris ça ?!!!)
Ah, mon secret de "zénitude", maintenant !
Enfant, j'admirais la fermeté calme du Comte de Monte-Cristo. Ses ennemis
valaient bien Delon, Bouvard (tiens, vous l'avez oublié !) et Bardot réunis.
Si lui a tenu le coup, pourquoi pas moi ? Voilà mon truc : depuis tout
petit, je veux ressembler à Edmond Dantès.
On vous a vu analyser magnifiquement les
films d'Alfred Hitchcock lors d'un sujet de "Comme au cinéma" (sur France
2). Etes-vous un gros consommateur de cassettes vidéo et DVD ? Et si oui,
est-ce le psy qui décortique les passions humaines ou est-ce l'amateur de
cinéma qui se délecte de ses trésors ? Aussi, quels sont les films ou
réalisateurs que vous appréciez tout particulièrement ?
La télévision, non, le cinéma, oui (y
compris en DVD, en effet) ! J'ai longtemps habité tout près de la
Cinémathèque - ceci explique peut-être cela. Vous citez Hitchcock,
j'ajouterai par exemple Chaplin, Fritz Lang ou Ernst Lubitsch, pour les
classiques, et Ken Loach, Costa Gavras ou Pierre Jolivet pour les
contemporains - mais la liste est longue. Avec un faible avoué pour Cary
Grant, celui de L'impossible Monsieur Bébé (Howard Hawks) ou de Charade
(Stanley Donen).
Quel lien trouble vous unis avec Françoise
Hardy ? Il semblerait qu'elle aimerait parler sérieusement d'astrologie avec
vous, mais que vous refusiez catégoriquement d'y mettre du vôtre ? Aller,
soyez ouvert et faites-lui ce plaisir ! par exemple lors d'un sujet pour "On
a tout essayé" : "Aujourd'hui, Gérard Miller a essayé .. l'astrologie !" :-)
(Ils vous ont déjà fait essayer la voyance, mais pas l'astrologie, si je ne
m'abuse...) Petite mise en bouche -->
http://www.astrotheme.fr/portraits/fB4x3BFXWuZ4.htm
On m'a fait tout essayer ! Astrologie,
voyance, numérologie… Quant à Françoise Hardy, je l'aime bien, en effet, et
si c'est réciproque, elle a autant de mérite que moi, mais pas plus.
Une question me "turlupine" et j'espère que
vous saurez éclairer ma lanterne : Dans votre texte (envoûtant, comme son
sujet d'ailleurs ) établi pour le commentaire en voix off du documentaire de
Patrick Jeudy consacré à Marilyn Monroe ( "Marilyn malgré elle" ), vous
brossez le portrait et le parcours intime et biographique de l'actrice. A
aucun moment pourtant vous ne parlez "d'hystérie" ni de "névrose". Est-ce
par soucis de pudeur et de tact ? N'était-ce pas le bon lieu pour parler de
cela ? Ou bien est-ce que véritablement vous estimez que ces 2 mots ne
peuvent en aucun cas nous éclairer sur le mystère "Marilyn Monroe" ? Merci
pour vos éclaircissements.
Les psychiatres et les psychanalystes (et
surtout un) se sont bien assez emparés d'elle de son vivant ! Je n'ai
surtout pas voulu prendre Marilyn pour un cas, même d'hystérie flamboyante.
Avez-vous des projets pour cette années 2005
? Et si oui, pourriez-vous nous mettre au parfum ? Travaillez-vous sur un
nouveau livre ?, y aura t-il des participations à des documentaires?
Travaillez-vous sur autre chose ?
Je co-écris depuis quelques mois un nouveau
spectacle avec…, on m'a proposé un nouveau documentaire sur…, j'aimerais
écrire un nouveau livre de… Tout cela est exact (spectacle, documentaire et
livre), mais je n'arrive pas à finir mes phrases quand on m'interroge sur ce
qui n'est pas encore sûr et certain.
Vous êtes-vous censuré pour répondre à ces
questions ? En auriez-vous dit d'avantage si cela se passait dans
l'intimité, en tête à tête, de manière confidentielle, et avec l'assurance
que ce ne soit jamais rendu public ?
Cordialement,
Damien ( 27 ans, Savoie )
Parler en public et en privé, cela n'a rien
à voir. Je crois à l'intime et au secret. Je n'ai pas menti, mais je n'ai
pas tout dit.
Nous tenons à
remercier les internautes pour leurs (nombreuses) questions ainsi que Gérard
Miller pour sa disponibilité et sa gentillesse.
Rémy (onatoutessaye.com), Déborah et Postik (gerardmiller.tk)