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Gérard Miller face à...Salvatore Adamo

Salvatore Adamo
"Certains m’ont longtemps pris pour un imbécile heureux"

 

Votre père était un ouvrier immigré. Est-ce qu’avec le succès et le temps qui passe, vous avez oublié vos origines ?
Non, c’est définitivement ancré en moi. Coluche disait : « Je ne serai jamais un nouveau riche, toujours un ancien pauvre. » Quand on a vécu dans une cité de baraquement, c’est une école de vie que l’on n’oublie jamais. Mon père était mineur, j’aurais dû prendre son relais. Il a trimé deux fois plus pour m’éviter de descendre à la mine et me permettre de faire des études.

Quand vous avez commencé à chanter, il s’est réjoui ?
J’ai commencé à chanter en cachette, parce c’était un fan d’opéra et que ma voix cassée ne correspondait pas du tout à l’idée qu’il se faisait d’un chanteur. La première fois que j’ai gagné un concours, je lui en ai fait la surprise. Je lui ai dit : « Ce soir, on écoute la radio ensemble. » Et quand il m’a entendu gagner, devant les éternels imitateurs de Luis Mariano et de Piaf qui fleurissaient, à l’époque, dans tous les concours, il a été convaincu.

Est-ce que votre famille a été victime du racisme ?
Moi-même je n’en ai pas été victime. A l’école, ça se bornait à des piques du genre : « Macaroni ! » Mais mes parents en ont souffert davantage. En 1996, quand on a commémoré le 50ème anniversaire de la vague d’immigration en Belgique, on a sorti des journaux où les Italiens étaient traités de tous les noms. Comme quoi, de génération en génération, il y a toujours des étrangers pour devenir les boucs émissaires des racistes.

Cela explique, qu’à la différence de la quasi-totalité des chanteurs des années soixante, vous vous soyez engagé en faveur des sans-papiers.
Un souvenir me revient. Dans la cité de baraquements où nous habitions, il y avait un mineur d’origine algérienne qui s’appelait — ironie du sort ! — Barak. C’était le seul qui parlait et écrivait un peu le français, et il m’aidait à faire mes devoirs. Un jour, il a été emmené menottes aux poings parce qu’il n’avait pas obtenu son permis de séjour. Il a été emmené comme un malfaiteur, alors qu’il ne m’avait fait que du bien.

Certains vous voient toujours comme un candide — c’est agaçant, non ?
Au début, j’avais une vraie candeur, mais à partir d’Inchallah, j’ai commencé à écrire des choses beaucoup plus graves et c’est dommage que certains ironisent encore sur mes premières chansons. Savent-ils que j’ai écrit Manuel, contre le franquisme, Vladimir, en hommage à celui qui était un peu le Dylan russe, et bien d’autres chansons qui n’ont qu’un lointain rapport avec ce que je chantais il y a quarante ans ?

Vous avez souffert de cette injustice ?
Souffrir, c’est beaucoup dire, parce que j’ai toujours eu devant moi un public pour me soutenir, mais c’est vrai que ce manque de reconnaissance-là m’a chagriné. Cela dit, depuis quelques années et notamment depuis mon dernier album, Zanzibar, certains médias se sont réveillés. J’ai lu dans Le Monde cette phrase qui m’a fait sourire : « Salvador Adamo n’est finalement pas l’imbécile heureux qu’on croyait. »

 


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