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Gérard Miller face à... Alexandre Adler

Alexandre Adler
"Qu'on me reproche d'être gros me blesse"

 

Est-ce que vous repensez souvent à votre enfance ?
Oui, j'ai une forte contention à me la rappeler. Sans doute parce que j'ai le sentiment d'avoir connu à cette époque des gens fabuleux, qui appartiennent désormais à un monde disparu. Des gens qui avaient fait la guerre d'Espagne, des Israéliens, qui venaient souvent à la maison, et qui étaient " plus grands que la vie ". Et puis, comme j'ai une bonne mémoire musicale, je garde intact le souvenir des accents, voire des langues étrangères que j'ai entendues tout au long de mon enfance - l'allemand, le russe, l'anglais… En fait, j'ai des souvenirs plus auditifs qu'olfactifs ou visuels.

Une grande partie de votre famille a été anéantie par les nazis. L'enfant que vous étiez, et qui est né en 1950, le comprenait ?
Je ne le comprenais pas, mais je le ressentais. J'ai le souvenir lancinant d'une angoisse, d'un disfonctionnement général, d'une déréliction. Quelque chose avait été irrémédiablement défait de la vie de mes parents, de la vie de tous ces gens qu'ils côtoyaient, et nous étions comme des naufragés sur la grève, en train de masser nos membres endoloris. J'ai encore aujourd'hui le sentiment étrange d'avoir pris mes parents en thérapie, vers l'âge de 3 ou 4 ans, comme si c'était moi qui avait dû répondre à leurs interrogations sur le monde, beaucoup plus que eux-mêmes ne pouvaient y répondre.

Psychanalyste à 4 ans, vraiment ?
C'est à cet âge que ma mère a commencé à me raconter la guerre et l'histoire de notre famille. Ça me passionnait et, d'une certaine façon, je la faisais parler, oui, " comme un analyste ". En tout cas, en s'adressant ainsi au petit garçon que j'étais, elle se délivrait du poids de cette vie qui lui pesait.

De là découle votre propre passion pour l'histoire ?
Certainement. Je sentais combien le fait de mettre les épisodes les uns à la suite des autres, dans un ordre chronologique, était thérapeutique pour ma mère.

Aujourd'hui proche de Jacques Chirac, comment jugez-vous en historien votre longue adhésion au communisme ?
Dans le communisme, il y a deux aspects que je distingue vraiment : les réponses ponctuelles, solidaires d'un aveuglement sur la transformation de la société, et puis l'engagement des hommes, leur esprit de sacrifice, la capacité qu'ils avaient de se projeter vers l'avenir, l'idée d'une morale fondée sur le désintéressement personnel et le service de la collectivité. Du coup, je ne regrette rien, ni d'avoir été communiste, ni d'avoir ensuite évolué vers une gauche, puis une droite modérée.

Les attaques n'en pleuvent pas moins sur vous. Cela vous peine ?
Depuis l'Intifada des mosquées, comme je me retrouve à contre courant de l'opinion, autant sur Israël que sur les Etats-Unis, je dis souvent que les attaques de ceux qui ne m'aiment pas, me ravissent. Cependant, quand je lis dans un article malveillant que je suis un " gros plein de soupe ", je n'aime ça pas du tout. Les attaques physiques me blessent, parce que, c'est vrai, je suis beaucoup trop gros, et c'est un signe de faiblesse, de laisser-aller, que de compenser ainsi son stress par un excès de nourriture.

 


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j'aurais du