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Gérard Miller face à... Christophe Alévêque
 

Christophe Alévêque :
« Sans enfant, je n’aurais pas dépassé la quarantaine »


 

Vous êtes un des derniers humoristes contestataires. Vous ne vous sentez pas un peu seul ?
Ah, si je commençais aujourd’hui ma carrière, ce serait très dur ! Une chape de plomb nous est tombée dessus, un couvre-feu moral, où il faut préférer le consensus à la vérité. Moi, j’adore le débat, la confrontation. On me croit parfois violent, mais la violence des mots que j’utilise est là pour provoquer la paix, pas la guerre. Je suis violent sur scène pour que, dans la vie, tout le monde soit plus doux.

Vous parlez souvent de la religion. Pourquoi est-il plus facile, en France, de se moquer des catholiques que des juifs ou des musulmans ?
Sans doute parce que les catholiques en ont pris l’habitude ! Je ne crois pas qu’ils soient plus tolérants que les autres, c’est un phénomène d’érosion et non de bienveillance naturelle. En tout cas, je fais partie de ceux qui pensent que toutes les religions, sans exception, sont plus néfastes que bienfaitrices, et je ne me gêne pas pour le dire.

Est-ce que l’humoriste intransigeant que vous êtes regrette certaines de ses plaisanteries ?
Disons qu’il y a des vannes, gratuites et méchantes, dont je ne suis pas fier. Un jour, à la radio, j’ai caricaturé la voix de Roselyne Bachelot, en expliquant qu’elle semblait jouir lorsqu’elle parlait. J’en ai fait des tonnes, tout le monde riait dans le studio — c’est toujours en bande que ça dérape ! Elle a protesté, j’ai présenté mes excuses, mais, bon, une fois que les choses sont faites, elles sont faites…

Avant que ne proteste celui ou celle que vous brocardez, est-ce que vous vous avez parfois le sentiment d’aller trop loin ?
Non, je pourrais plutôt me reprocher de n’avoir pas le courage d’aller encore plus loin ! Je dis toujours ce que j’ai envie, mais, dans la forme, une certaine lâcheté me fait prendre trop de gants. On me pousse à arrondir les angles, on me dit : « Quand vous souriez, c’est tellement mieux. »  J’ai essayé de sourire à la télé, je n’y arrive pas ! Alors je reste naturel et quand je rigole, au moins c’est pour de vrai.

Quel est l’événement personnel qui vous a le plus touché ?
La mort de mon père. J’avais 19 ans, il en avait 42 — rupture d’anévrisme. Avant sa disparition, j’étais dans l’insouciance totale, je faisais connerie sur connerie, je n’avais aucune conviction. D’un seul coup, je suis devenu adulte. Ça a bouleversé ma façon de voir la vie.

Vous avez aujourd’hui l’âge qu’il avait à l’époque. Cela vous trouble ?
Non, c’est étonnant, mais il sera toujours beaucoup plus vieux que moi. Cela dit, si j’étais encore un célibataire endurci et si je n’avais pas moi-même des enfants, je ne pense pas que j’aurais dépassé la quarantaine. Tout m’aurait emporté, un cocktail de sexe, de drogue, d’alcool… Ce qui m’a empêché de tomber dans l’excès total, ce sont les autres. L’absence que ma mort entraînerait chez mes enfants et ma femme, je la connais très bien, et je ne veux la faire subir à personne.

 


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