|
| |
Gérard Miller
face à... Catherine Allegret
Catherine Allégret
"J'ai voulu sauver ma peau"

Dans son ensemble, la presse vous a plutôt traitée sans aménité. Cela vous
a surprise ?
Oh, vous pouvez même parler de lynchage médiatique ! En écrivant mon livre, je
ne souhaitais pas me positionner comme victime, je voulais juste mettre un
terme à toutes ces rumeurs dont je continuais de souffrir. Mais devenir
finalement coupable de quelque chose dont je suis de fait la victime, non, je
ne m'y attendais pas. Je suis sûr que si ma mère, en secondes noces, avait
épousé non pas Yves Montand, mais X ou Y, tout le monde, au lieu de me cracher
dessus, m'aurait plainte. On dit qu'il ne faut pas toucher aux icônes, mais ce
que je raconte est l'exacte vérité, n'est-ce pas là l'essentiel ?
A quelles
rumeurs vouliez-vous mettre un terme ?
Parce qu'on nous a beaucoup vus ensemble, Montand et moi, parce que je l'ai
suivi pas à pas chaque fois qu'il chantait ou qu'il tournait, parce que j'ai
entièrement supporté le poids de son récital de 1981 à l'Olympia, parce qu'en
effet, j'ai souvent suppléé ma mère, qui était malade ou que cela ennuyait tout
simplement de sortir, il y a une légende selon laquelle, amoureuse de Montand,
j'aurais été sa maîtresse. J'ai entendu ça bien avant sa mort et puis après,
bien sûr, et encore aujourd'hui. C'est absolument faux, mais beaucoup de gens
préfèrent croire que c'est vrai. Mon histoire serait tellement plus drôle,
n'est-ce pas ? L'histoire d'un séducteur et d'une jeune fille, une de plus, qui
lui aurait cédé…
Pourquoi
est-ce maintenant que vous avez éprouvé le besoin de parler ?
Parce que j'ai vu ma douleur d'enfant salement revisitée, et aussi parce que
Benjamin s'en ait pris plein la tête et que, comme toute mère juive qui se
respecte, j'ai voulu défendre mon fils. Vous savez, jusque là, je vivais très
bien avec ce secret ! J'en avais seulement parlé à quelques très proches, comme
l'homme avec qui je vis, parce qu'il fallait quand même qu'il sache qu'il y
avait eu dans mon enfance quelques " petits problèmes ", qui pouvaient expliquer
certains comportements de ma part, certaines craintes. Je n'aurais jamais écrit
ce livre, si je n'avais pas entendu, et sur la place publique, des propos qui
m'ont retourné les ongles.
Avez-vous le
sentiment d'avoir pardonné à Montand ?
Oui, et depuis longtemps, parce que l'homme que j'évoque dans mon livre était
mort bien avant de mourir. Ce n'est pas pour me venger de lui que j'ai pris la
parole, c'est pour sauver ma peau. Les ragots la mettaient en danger, j'ai voulu
me dresser contre un mensonge qui arrangeait beaucoup de monde et qui ne servait
qu'à masquer une vérité qui, aujourd'hui encore, en dérange beaucoup.
Au final,
n'avez-vous rien à vous reprocher ?
Si, ma naïveté. J'avoue avoir pensé qu'on me laisserait tranquille après la
post-face que j'avais écrite pour le livre de Benjamin, qu'on ne viendrait plus
me chercher avec tout ça, qu'on respecterait enfin la douleur qui était mienne,
cette douleur devenue " tristement célèbre depuis que les enfants qui ont le
droit à la parole peuvent se libérer de leur honte ". Je me suis trompée. D'où
ce livre, qu'on peut me reprocher, sauf si on comprend que c'est un contre-feu.

retour sommaire
j'aurais du
|