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Gérard Miller face à... Isabelle Alonso

Isabelle Alonso
" Je voulais compenser les souffrances de mes parents "

 

Pourquoi vos parents ont-ils quitté l'Espagne pour la France dans les années cinquante ?
Parce que mon père était un militant anti-franquiste et qu'il a finalement été contraint de partir. Il a alors franchi la frontière et ma mère l'a rejoint. Cet exil a été pour eux très pénible, et j'ai moi-même grandi dans la nostalgie de ce qui aurait pu être et qui n'a pas été.

Enfant, vous vous pensiez comme une fille de réfugié politique ?
Je pensais surtout que mes parents avaient subi des dommages et qu'il était de mon devoir de compenser plus tard leurs souffrances. De les compenser par ma propre réussite.

C'est pour cela que vous avez été, dans une autre vie, femme d'affaires ?
Oui, j'ai passé la première partie de ma vie professionnelle à réussir, à monter une entreprise, à gagner de l'argent, parce que je croyais ainsi leur faire plaisir, Même si j'ai adoré faire ça, j'aurais certainement emprunté une voie plus proche de celle que j'ai choisie aujourd'hui, si je n'avais pas eu le sentiment d'une mission à accomplir. En réalité, j'ai fait beaucoup de choses dans ma vie pour mes parents, pour leur mettre du baume au cœur et compenser un préjudice que rien ne pouvait pourtant effacer.

J'ai du mal à vous imaginer en chef d'entreprise…
En tailleur, toujours habillée et coiffée de façon stricte ? Je vous assure, j'étais pourtant comme ça ! Ce personnage que je ne suis plus aujourd'hui, c'était moi, tout comme c'est moi qui fais à l'occasion l'andouille, dans l'ambiance hystérique de la télé, avant de me retrouver seule, dans un bureau, pour écrire pendant des heures un roman. Vous comprenez sans doute pourquoi j'ai la sensation de ne pas avoir une personnalité cohérente, mais multiple.

De ce personnage multiple, pourquoi le grand public garde-t-il souvent la seule image de la pasionaria féministe ?
Ce décalage entre mon image publique et moi me surprend. Alors que je suis quelqu'un de plutôt consensuel et tolérant, on me voit rigide, normative, appliquant en toute circonstance une grille de lecture unique. Cette image négative, on la plaque toujours sur les féministes, même lorsque leur attitude s'en démarque radicalement. J'espérais faire exception, eh bien, non, le cliché m'a précédée et s'est plaqué également sur moi.

Vous n'avez pas commis vous-même des " erreurs de communication " ?
Au début de ma médiatisation, le fait est que je ne me suis pas assez méfiée de la prégnance absolue du cliché de la féministe. J'étais toujours dans le sourire et la dérision, je m'indignais assez rarement et pour des choses qui en valaient vraiment la peine, mais j'aurais peut-être dû y mettre encore plus les formes !

S'appeler les Chiennes de garde, par exemple, c'était une erreur ?
Je serais tentée de le dire, puisque ce nom n'a jamais été pris dans son acception humoristique, gentiment provocatrice, et qu'on n'a retenu que le côté " elles montrent les crocs ". Mais dans le même temps, ce n'est pas un hasard si le mouvement féministe est le mouvement de libération le plus méconnu et le plus caricaturé : il remet en cause des choses fondamentales, et qui font partie de l'identité même des gens.

 


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j'aurais du