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Gérard Miller face à... Paul Amar

Paul Amar
"Je reste obsédé par la violence que j'ai subie"

 

De quoi est fait votre passé ?
De bruit, de fureur, de sang, de guerre. Entre quatre et onze ans, je n'ai connu que ça. Des foules hurlant, des manifestants, des coups de feu, des attentats. La guerre d'Algérie, c'était chaque jour la peur au ventre quand j'allais à l'école, et je tenais à y aller, à l'école ! Je ne cultive pas la morbidité, je crois même être un homme plutôt gai, mais ce passé-là est ancré à vie.

J'ai lu que vous aviez été vous-même blessé.
Oui, à la tête et au dos. J'avais dix ans, je jouais aux billes, aux agates comme on disait à l'époque. Une bombe a explosé et a failli me tuer Et puis je me souviens encore d'un autre attentat qui m'a profondément marqué : l'assassinat de ce magnifique artiste qui s'appelait Raymond, le beau-père d'Enrico Macias, qui est mon cousin. C'était un véritable apôtre de la paix, adoré par les trois communautés - musulmane, chrétienne et juive. Mon père m'avait envoyé chercher du pain et du vin, je l'ai vu tomber sous mes yeux.

Enfant de la guerre, vous êtes devenu journaliste, c'est-à-dire observateur et non militant. Aucun regret ?
Je pourrais vous répondre qu'à ma façon je milite pour la paix. Dans mon métier, je recherche souvent la position de médiateur, j'aime y organiser des rencontres entre des catégories sociales ou des générations qui ne sont pas faites pour s'entendre et que j'essaie de réconcilier. Mais c'est vrai, néanmoins, qu'il y a en moi comme une frustration de n'être pas plus impliqué dans l'action. Quand je vois la guerre se poursuivre au Proche-Orient, ou, en France, les communautés juive et musulmane se diviser, je souffre vraiment.

Mais qu'est-ce qui vous a empêché, jusqu'à maintenant, de vous impliquer davantage ?
Sans doute la conviction, à tort, que l'action politique ou militante générait nécessairement la violence. Le blocage que j'ai eu de rentrer dans l'action, est certainement lié à la crainte, à l'obsession de cette violence que j'ai connue et subie jusque dans ma chair.

Est-ce qu'il est désormais trop tard ?
Non, j'ai commencé par la guerre, je finirais volontiers par la paix. Si je dois envisager une nouvelle vie, je l'imaginerais bien dans cette optique-là. Mon métier de journaliste, c'est ma passion et puis aussi mon gagne-pain, je continue de l'exercer le plus sérieusement du monde, mais j'ai le sentiment d'en avoir fait le tour.

Et quelles sont donc, pour vous, les limites du journalisme ?
Là où je les ai, par exemple, observées, c'est lors de la montée de l'extrême droite, au début des années 80. J'ai vu alors la complaisance de certains de mes confrères à l'égard de Jean-Marie Le Pen, qu'ils présentaient comme un homme nouveau, ce qu'il n'était absolument pas, J'étais très minoritaire quand je disais qu'on lui donnait trop la parole et qu'on portait collectivement une responsabilité très lourde. J'ai même été convoqué par la Haute Autorité qui me reprochait de ne pas l'inviter assez souvent dans le journal de 20h. Là, j'ai constaté qu'être vigilant ne suffisait pas. Est-ce que j'aurais dû changer de posture, quitter ce métier ? Je n'en sais rien, mais cela reste encore aujourd'hui une question.

 


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j'aurais du