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Gérard Miller
face à...
Fadela Amara
Fadela Amara
« J’ai
trop longtemps accepté la posture de victime »

A l’origine de votre engagement, il y a la mort de
votre petit frère, tué par un chauffard.
Assassiné par un chauffard, ivre qui plus est. Il faut imaginer la situation. On
est là, au milieu d’un désastre, mon frère gît par terre, dans son sang, il
respire encore. Et puis, il y a la police qui débarque et qui chope ma mère, en
pleine crise d’hystérie, pleurant son gamin en train de mourir sous ses yeux. Et
alors, un flic se met à hurler: « C’est quand même pas les bougnoules qui
vont commander. » J’entends ça, j’ai 14 ans et je me dis : « Il y a
vraiment un truc qui ne tourne pas rond. »
Enfant, vous habitiez à Clermont-Ferrand. Dans une
cité ?
On peut même dire un bidonville. Il
était enclavé, avec deux sorties seulement, et très facile à boucler. Comme par
hasard, les CRS y venaient régulièrement pour taper de l’arabe. Je les revois
encore, s’avançant en rangs serrés, avec leurs matraques, voire leurs
mitraillettes. Car au début des années soixante-dix, j’ai connu de véritables
ratonnades. Moi qui défends aujourd’hui la police républicaine, à l’époque,
j’avais du mal à penser que les flics apportaient la paix et la sécurité !
Il y a trente ans, quel était statut des filles
dans les cités ?
Il était beaucoup moins dur
qu’aujourd’hui. Bien sûr, c’était mal vu de s’affirmer haut et fort, il fallait
ruser, mais on vivait dans la mixité et on pouvait du coup partager l’espace
public avec les garçons. Il y avait des rapports de force, mais qui n’allaient
jamais jusqu’à la violence physique. Et puis, il y avait une vraie solidarité.
Dans ma cité, par exemple, tout le monde se connaissait, c’était un petit
village. Il y avait un problème, et c’est tout le quartier qui avait un
problème,
Vous avez arrêté l’école sans aucun diplôme. Vous
le regrettez ?
Amèrement. Quand tu échoues à l’école,
tu te détestes, parce que tu voulais aussi réussir par rapport à ta famille, à
ton père immigré, ouvrier, analphabète, et que tu as toujours rêvé de promotion
sociale.
Vous vous êtes détestée… longtemps ?
Tant que je me suis laissée réduire à
l’état de victime. J’avais envie d’être une vraie citoyenne française, mais,
dans le même temps, je me complaisais dans la posture de victime du système. Or
la culture de l’échec t’amène obligatoirement à promouvoir l’échec comme
objectif.
Femme engagée, dirigeante d’un mouvement national,
figure connue et estimée, vous avez le sentiment que tout ça, c’est le passé ?
Je pense
en être sortie, mais je me surveille de très près ! Si on se laisse faire, c’est
quelque chose qui peut vite revenir. Et moi, je veux avoir toutes les garanties
possibles et imaginables dans ma tête que jamais je ne retournerai en arrière.
En fait, la question, c’est comment arriver un jour à former tous ceux qui
habitent dans les cités comme de vrais citoyens, acteurs de leur vie, et non pas
comme des êtres passifs, finissant par utiliser la violence comme seul moyen de
revendication.

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j'aurais du
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