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Gérard Miller face à... Jean-Hugues Anglade

Jean-Hugues Anglade
"Je ne veux pas devenir ma propre caricature"

 

Si vous deviez d'un mot caractériser les vingt premières années de votre vie…
Je dirais " chaotiques ". Avant vingt ans, je n'ai pas une mémoire précise de ce qui s'est passé, mais je sais que ma vie n'est devenue cohérente qu'après, quand j'ai réussi le concours du Conservatoire. D'un seul coup, j'ai eu le sentiment d'exister, de servir à quelque chose, l'avenir s'est dessiné. Bacon a dit " L'art consiste à mettre de l'ordre dans le chaos de la vie. " C'est exactement ce qui s'est passé pour moi : avant le Conservatoire, j'étais comme le Big-bang de moi-même.

Est-ce que vos parents vous ont soutenu dans votre démarche ?
Non, mais ce n'était pas de leur faute, il n'y avait pas d'artiste dans la famille. J'aimais, par exemple, la musique - eh bien, j'ai dû m'y élever tout seul. Du coup, j'en ai fait trop tard, à un moment où j'avais perdu confiance en moi. Si on avait pris à temps la maladie, j'aurais pu sans doute être musicien.

Vous parlez de " maladie " ?
J'étais à la fois malade et bien portant, gai et triste, sociable et introverti. Je pense que je suis depuis toujours la chose et son contraire. Tout ce que je fais, je le fais avec dualité.

Même être acteur ?
Jouer est à la fois un plaisir et une souffrance. En jouant, j'aimerais bien me guérir, mais je crois, oui, que j'entretiens plutôt la maladie.

Qu'est-ce qui vous pèse le plus dans l'exercice de votre métier ?
Le racisme de la langue. Quand vous êtes né en France, et même si vous parlez couramment l'anglais, vous n'arriverez jamais à rivaliser avec les Américains, vous ne serez jamais totalement intégrés au système. Je trouve révoltant et parfois désespérant que ce métier où l'on communique par la parole m'empêche de communiquer avec tous à égalité.

Dans ces conditions, pourquoi tourner aux Etats-Unis ?
Parce je veux voir ce qui peut se passer. Ce face à face avec les Américains m'intéresse et aussi l'effort qu'il faut faire pour exister aux yeux de ceux qui ne vous connaissent pas. En France, quand on veut me chambrer, on me parle tout de suite des films où j'ai tourné nu, L'Homme blessé ou 37,2 le matin, en oubliant La Reine Margot et tout le reste !

Vous souffrez de cette estampille ?
Oui, parce je lutte sans cesse pour me renouveler. Je pourrais tourner beaucoup plus, perdre tout mystère, même vis-à-vis de moi-même. J'essaie au contraire de préserver cette étrange petite chose : le fait de ne pas avoir tout dit. J'aime jouer, j'aime parler aux gens, mais j'essaye de rester le plus discret possible, même si cette part de secret que j'entretiens est comme un coït interrompu !

Que craignez-vous le plus dans la répétition ?
Ce moment de bascule que connaissent souvent les acteurs, quand, en s'affirmant avec l'âge, ils deviennent leur propre caricature. Ils le savent et en jubilent. Moi, ça me fait peur. Je n'ai jamais réussi à comprendre d'où vient la pureté d'un regard d'enfant, mais si j'étais un prédateur, je serais prédateur de ce regard-là. J'aimerais avoir un regard qui ne se fabrique pas, qui s'invente sur l'instant, hors codes. Je me dis parfois que j'aimerais être un bon acteur, mais sans le savoir.

 


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j'aurais du