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Gérard Miller face à... Mouloud Aounit

Mouloud Aounit
Secrétaire général du MRAP depuis plus de 10 ans, Mouloud Aounit, qui a animé en Seine-Saint-Denis la liste " alternative " Gauche populaire et citoyenne, est conseiller général Ile de France.
"Je ne voulais pas raser les murs comme mes parents"

 

Allons droit au but : qu'avez-vous donc fait pour que certains en arrivent à vous soupçonner d'antisémitisme ?
J'ai dû sous-estimer la capacité qu'ont certains de construire des machines de guerre médiatique ! Même si je ne regrette aucune de mes prises de position, c'est un fait que le conflit du Proche et du Moyen-Orient a eu en France des répercussions qui étaient au-delà de ce que j'aurais pu croire.

On vous reproche d'être pro-palestinien, c'est ça ?
Mais je ne suis pas pro-palestinien ou anti-israélien ! Vouloir que la justice et le droit soient au rendez-vous pour tous, y compris pour les Palestiniens, ce qui est d'ailleurs la condition même de la sécurité d'Israël, c'est simplement être fidèle aux valeurs universelles qui fondent le MRAP. Nous sommes contre le racisme, mais aussi pour l'amitié entre les peuples - c'est comme un grain de café, on ne peut pas séparer les deux combats.

Vous ne sous-estimez en rien l'antisémitisme en France ?
Allons donc ! Nous n'arrêtons pas de nous battre contre lui, y compris sous ces formes nouvelles. C'est vrai qu'il y a par exemple des jeunes qui, subissant eux-mêmes le racisme dans les banlieues, en arrivent à exclure l'autre pour exister. Mais en accusant d'antisémitisme tout le monde et n'importe qui, on fait perdre au mot sa force infamante et on substitue l'invective au débat.

Tout est parti de la manifestation du 7 novembre 2001, où - c'est incontestable - on a entendu crier "Mort aux juifs" .
Le Mrap était présent, mais avec soixante autres organisations, y compris tous les partis de gauche ! A 17h15, quand on est venu m'apprendre la nouvelle, j'ai tout de suite appelé l'Afp pour condamner évidemment ces cris, et je n'ai pas arrêté depuis. Combien de temps encore va-t-on me faire cet absurde procès ?

Comment vivez-vous les attaques violentes que vous subissez ?
Ce que je vis, d'autres l'ont vécu, comme Daniel Mermet ou Charles Anderlin, c'est terriblement douloureux. A l'époque de " l'affaire des juifs d'Iran ", je me suis enchaîné avec quelques autres aux grilles de l'ambassade et j'ai entendu des gens s'écrier: " Mais qui est cet arabe qui défend les juifs ? " Et aujourd'hui, j'entends dire : " Mouloud Aounit ! Avec un prénom comme ça, il ne peut être qu'antisémite ! "

Né en Kabylie, vous avez fait vos premiers pas à Aubervilliers. Pourquoi êtes-vous devenu militant ?
Sans doute parce que j'appartiens à une génération qui ne voulait plus raser les mûrs comme nos parents les avaient rasés. Il y avait en moi une souffrance que je ne voulais pas porter seul. Alors à 18 ans, je suis allé donner des cours d'alphabétisation à des travailleurs immigrés qui avaient l'âge de mon père et qui, comme lui, ne savaient ni lire ni écrire.

Et à votre propre père, vous avez appris ?
J'ai essayé, mais j'avoue avoir abandonné. Avec les autres, j'acceptais d'avoir le statut de celui qui sait, mais pas avec mon père. Je ne voulais pas lui montrer que je pouvais en quelque sorte le dominer. Normalement, c'est aux parents d'apprendre à lire aux enfants, comme c'est aux enfants d'enterrer leurs parents. L'inverse est trop difficile.

 


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j'aurais du