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Gérard Miller
face à... Pierre Arditi
Pierre
Arditi
" Je suis l'assassin du Palais Royal ! "

Est-ce que vous êtes dur avec vous-même ?
Je me fais sans cesse des reproches et, aujourd'hui, je le constate, j'ai
vraiment besoin d'une rédemption. Ai-je commis la faute, après quarante ans de
dur travail, d'avoir relativement réussi ce que je voulais faire ? Ai-je
l'impression qu'il y a un prix à payer pour cette réussite ? Mon raisonnement
est étrange, mais j'ai le sentiment que je dois aux autres quelque chose de
moi que je n'ai pas encore donné.
Quand vous jouez, vous donnez du plaisir aux gens.
Oui, mais après tout ils payent. Moi, je cherche quelque chose à donner et pas à
vendre. Une espèce de pureté originelle que la vie se serait ingénié à me faire
perdre petit à petit. Ce qu'il me reste peut-être à faire, maintenant que j'ai
la chance de ne plus trop errer, c'est de m'occuper de l'errance des autres, et
de m'en occuper d'une façon matérielle, terrienne. Quand je vois des bénévoles
qui vont vers ceux qui n'ont plus d'attaches et qui préfèrent rester dehors
plutôt que d'aller dans un foyer où ils auraient moins froid, je me dis : " Si
tu veux être en accord avec ce que tu penses, à un moment donné, il faudra bien
que tu en passes par là et que tu consacres une, deux, trois nuits par mois pour
des gens qui n'ont rien. "
Vous-même avez déjà fait du mal à quelqu'un ?
Quand j'ai rencontré Evelyne, j'ai quitté la personne avec laquelle j'étais
jusque là. Elle ne m'avait jamais fait de mal et je l'ai aimablement assassinée,
un soir, au Palais Royal. Laisser pourrir une relation parce qu'on n'ose pas
affronter la rupture, je l'avais fait vingt fois. Etre lâche, c'est moins
douloureux ! Mais quand on quitte vraiment l'autre, qu'on prend la peine de
refermer la porte sur ce que l'on a vécu, c'est abominable. Je m'en souviendrai
toute ma vie, parce que je ne m'étais pas rendu compte que lui donnant ce coup
de couteau, je me l'étais donné à moi-même.
Etes-vous parfois en paix avec vous-même ?
Non. Si je savais pourquoi, peut-être que ça m'apaiserait, mais ça m'ennuierait
aussi, parce que c'est sans doute un moteur, pour moi, de ne pas être en paix.
Rassurez-moi : vous dormez quand même ?
Jamais. Quand j'avais sept ans, j'ai demandé à ma mère de me dire à quoi
ressemblait la mort et elle m'a répondu : " C'est comme quand tu dors et que tu
ne rêves pas. " . Ce jour-là, j'ai décidé que je ne dormirai plus jamais et
depuis 52 ans je ne perds pratiquement plus conscience. Je m'allonge, je repose
parfois mon corps une heure ou deux, mais je ferme les yeux tout en continuant
de vivre et d'écouter le monde qui continue de battre. Quand j'étais enfant, on
me disait : " Il faut que tu t'éteignes. " Eh bien, je ne m'éteins jamais.
C'est triste de ne pas connaître cette douce quiétude qu'on appelle " le sommeil
du juste ".
Je ne suis certainement pas un juste, je ne supporte même pas l'idée de dire que
je dors ! Comme si je ne voulais pas trouver le repos tant que tous les hommes
ne trouveront pas eux-mêmes le repos.
Vous veillez sur le monde ! Vous êtes l'ange insomniaque de la souffrance
humaine !
C'est très prétentieux, bien sûr, mais sincèrement, j'aimerais bien être cet
homme-là.

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j'aurais du
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