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Gérard Miller face à... José Artur

José Artur
"Je suis un rescapé de la médiocrité"

 

Vous avez une des voix les plus connues de France. Qu’est-ce qu’elle a de particulier ?
Allez savoir ! Moi, je ne la supporte pas, je la trouve trop mielleuse. D’ailleurs, chaque fois que j’entends à la radio le générique de mes propres émissions, je coupe le son. Mais, bon, comme les gens n’ont pas cessé de me dire au cours des années : « Ah ! votre voix… », j’ai fini par assumer qu’elle puisse plaire. Ce qui est amusant, c’est qu’elle n’est pas pour autant imitable. Les imitateurs, paraît-il, ne peuvent contrefaire que ceux qui sont d’un seul tenant. Ce n’est pas mon cas : je suis toujours en pleine dualité, fluctuant, insaisissable.

Votre Pop Club, sur France-Inter, a duré quarante ans. A quoi attribuez-vous cette longévité ?
Je suis un bavard qui écoute. J’aime l’autre et pendant le temps où nous sommes face à face, j’arrive à lui faire croire qu’il est l’être le plus intelligent du monde. Du coup, même si je lui balance quelques vannes — j’ai toujours préféré être insolent que mièvre —, il me quitte ravi. Je suis un bon accoucheur, j’aurais pu être psychanalyste.

On sait ce que vous avez réussi, mais qu’avez-vous raté ?
Ma vie matérielle. Mes enfants ne me le reprochent pas, je les ai un peu aidés, mais j’aurais préféré faire beaucoup plus. Alors, de temps en temps, pendant quelques secondes, il m’arrive de regretter de ne pas avoir fondé, à l’époque de la gloire totale du Pop Club, ma propre société, même si je sais que j’aurais été incapable de la diriger.

C’est votre seul regret ?
Non, j’en ai trois autres. Je regrette d’abord de n’être pas bilingue. C’est pour ça que j’ai voulu que mes enfants le soient, et même trilingues. J’adore Shakespeare, Marc Twain, mais je suis un mutilé de la langue anglaise. Je regrette ensuite de ne pas avoir une oreille musicale. Et enfin, j’aurais aimé être moins inhibé par la peur. Vous ne vous en doutez peut-être pas, mais chaque fois que je passais à la télévision, par exemple, je mourrais de trac ! Quand j’étais comédien, j’étais parfois pas mauvais, mais, à d’autres moments… très mauvais, parce littéralement terrorisé.

Votre carrière et de comédien et d’animateur n’en est pas moins brillante.
Mais je n’ai jamais accepté ma carrière ! Tout récemment, à la mort de Philippe Noiret — il avait 2 ans de moins que moi et nous étions potes depuis le TNP —, j’ai mesuré à quel point l’harmonie de son cursus, la plénitude de sa vie, je ne les avais jamais connues. Je suis un besogneux, un rescapé de la médiocrité. Je le dois sans doute à ma mère — paix à ses cendres ! — qui nous a toujours expliqué que les meilleurs, ce n’était pas nous.

Au final, vous pensez avoir été plus malheureux  qu’heureux ?
C’est un mélange. J’ai eu des chances éhontées et j’ai connu aussi tous les malheurs de la terre, cancer, colonne vertébrale brisée, etc. Au final, je dirais que je suis un chanceux moyen. Je ne mourrai jamais attaché à une fourmilière, mais jamais, non plus, je ne gagnerai au loto.

 


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j'aurais du