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Gérard Miller face à... Yvan Attal

Yvan Attal
"Sur certains tournages, tu finis par te dégoûter"

 

Vous êtes un cas à part dans le cinéma français. En tout cas, je ne connais pas d'autre acteur que vous qui ait refusé de jouer à la fois dans Taxi, La vérité si je mens et Le cinquième élément.
A l'époque, mon agent s'était arraché les cheveux, mais moi je n'avais pas envie de conduire une voiture, de prendre un accent ni de me singer. Je n'avais tout simplement pas envie d'aller dans des films qui ne m'intéressaient pas.

Vous considérez donc que votre carrière n'est faite que de "bons films" ?
Absolument pas. J'ai fait des mauvais choix, des films pires que ceux que j'ai refusés. Mais je pensais : " Quitte à faire de mauvais films pour gagner sa vie, autant que ce soit des films que personne ne voit. " Cela dit, quand j'ai vu le petit frère de Charlotte heureux comme tout en sortant de Taxi, j'ai compris qu'un acteur ne faisait pas un film comme ça pour y trouver son compte intellectuellement, mais pour amuser les enfants. Aujourd'hui, ne serait-ce que pour épater mon fils et le faire marrer, j'accepterais le rôle.

Avant de devenir vous-même réalisateur, le métier d'acteur vous pesait ?
Disons que je n'aimais plus ce que je faisais. Dès le premier jour de tournage et souvent même avant, quand j'acceptais le rôle, je savais très bien que cela n'allait pas me rendre heureux. Alors, quand tu te retrouves sur des films où tu n'as aucune admiration pour les metteurs en scène avec qui tu travailles, où tu ne prends aucun plaisir à jouer, au bout d'un moment, tu finis par te dégoûter. S'emmerder sur un film ou deux, ok. Mais quand tu t'emmerdes pendant cinq ans, cela devient quand même vital de faire autre chose.

Vous regrettez d'avoir été acteur ?
Non, parce que je n'avais pas vraiment le choix, mais je regrette les quelques années où j'aurais dû avoir le courage de refuser des films.

Peut-être êtes-vous trop angoissé pour être acteur !
C'est vrai, chaque fois qu'on dit " Coupez ", je me sens comme un chien pris dans les phares d'une voiture. Acteur, c'est un truc qui t'échappe. Tu viens à poil devant celui qui te filme et c'est à lui de tirer le meilleur de toi. Tu dépends de son regard, si tu n'as pas confiance, c'est la panique totale. Tu as l'impression de ne rien maîtriser. Réaliser Ma femme est une actrice m'a réconcilié avec mon métier. Quand tu es metteur en scène, tu peux au moins progresser, tu as les outils pour ça.

Votre femme a dû souffrir de sa médiatisation précoce. Et voilà qu'en faisant tourner dans votre dernier film votre propre fils, vous risquez de lui imposer le même calvaire.
Cela n'a rien à voir. Charlotte était l'enfant d'un couple très médiatisée et Gainsbourg, lui-même, aimait beaucoup jouer avec les médias. Ce n'est pas notre cas. Nous, on s'expose pendant la sortie d'un film, parce qu'il faut bien le faire connaître, mais pas plus. Mon fils a joué avec son père et sa mère, il n'avait pas conscience de travailler. On s'est dit que ce ne serait pas traumatisant pour lui, au contraire, ça allait être comme une photo de famille, et quand on regardera le film dans dix ou dans vingt ans, je suis sûr qu'on sera content de l'avoir fait ensemble.

 


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j'aurais du