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Gérard Miller
face à...
Jacques Attali
Jacques Attali
"J'ai toujours détesté être détesté"

Est-ce qu'il vous arrive de relire vos propres livres ?
Comme beaucoup d'écrivains, jamais. Avec une exception récente, cependant :
devant rééditer mon livre sur la musique, je l'ai repris pour y ajouter
quelques pages supplémentaires. L'exercice a été intéressant, je l'ai
entièrement réécrit.
Qu'est-ce qui ne vous convenait plus ?
Le charabia des années 70 dans lequel je me complaisais comme tout le monde
n'est plus la langue qu'on utilise aujourd'hui. On pouvait dire la même chose de
façon beaucoup plus simple.
Trente-trois livres publiés, deux autres à la rentrée - on vous reproche souvent
d'écrire trop.
Et dire que je retarde les publications pour ne pas encombrer les libraires
! Mais c'est comme ça, j'ai toujours dans la tête plusieurs livres en chantier
pour lesquels j'accumule des notes, souvent sur des années. Ma métaphore
personnelle est celle du cuisinier qui, dans un restaurant, a plusieurs plats
sur le feu. Il s'occupe de tous, mais tous ne sortent pas en même temps de la
cuisine. Et puis, je n'ai pas encore le sentiment d'avoir écrit les grands
livres que je voudrais laisser. De plusieurs, je suis très content, mais l'œuvre
littéraire que j'aimerais faire est loin d'être achevée.
Est-ce que vous espérez qu'on vous lira encore dans cent ans ?
Disons que j'ai, à chaque seconde, l'obsession mégalomaniaque de la trace. Comme
écrivain, bien sûr, mais également dans mon action publique. Mes enfants sont
très jeunes, quand ils seront grands, ils me demanderont : " Tu as eu beaucoup
de pouvoir, à quoi est-ce que cela a servi ? " Je veux être en mesure de leur
faire un inventaire de choses utiles et qui laisseront des traces.
Action contre la faim, le programme Euréka, la lutte contre les inondations au
Bangladesh, la fondation de la " banque des pauvres "… Bravo ! Est-ce que vous
ne regrettez pas, du coup, de n'avoir jamais été ministre ?
A trois reprises, François Mitterrand me l'a proposé et, à trois reprises,
je l'ai refusé. Dès mai 81, il m'avait offert d'être son premier collaborateur,
avec un pouvoir d'influence et d'action bien supérieur à celui de tous les
ministres, y compris du premier d'entre eux. Ça a duré onze ans !
Que pensez-vous de l'image que donnent de vous vos détracteurs ?
Je n'aimerais vraiment pas être le type dont ils parlent - prétentieux,
touche-à-tout, superficiel, mondain, plagiaire, Je comprends qu'on le déteste,
mais ce n'est pas moi.
Vous semblez meurtri par les attaques qu'on vous porte. Je vous aurais cru plus
cuirassé.
Un jour, j'ai demandé à François Mitterrand: " Quelle est la qualité
principale d'un chef d'Etat ? " Il m'a répondu : " J'aimerais pouvoir vous dire
le courage, malheureusement c'est l'indifférence ". Eh bien, c'est un talent que
je n'ai pas. J'ai confiance en moi, je n'ai aucun doute sur mon intégrité ou sur
la valeur, voire l'importance du rôle que j'ai pu jouer, mais je n'ai pas de
carapace. J'ai toujours détesté être détesté ! Cela dit, s'il me fallait choisir
: être détesté aujourd'hui ou oublié demain - je préfèrerais être détesté
aujourd'hui. La trace de demain est plus importante que l'approbation
d'aujourd'hui.

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j'aurais du
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