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Gérard Miller face à... Florence Aubenas

Florence Aubenas
" Ai-je changé sans m’en apercevoir ? "

 

Vous êtes devenue journaliste par goût de l’aventure ?
J’aime l’aventure, c’est vrai, j’aime aussi les voyages… Mais si le journalisme est devenue pour moi une passion, c’est d’abord parce qu’il me permet d’aller quelque part sans savoir ce que je vais y trouver. Quand on arrive dans un pays où il y a un conflit, on sait bien sûr pourquoi on est parti, mais on ne connaît pas la fin du film, ni même le scénario — et c’est ça qui me plaît.

Les risques que vous avez pris en Irak, on peut dire que vous les avez cherchés ?
Je ne les ai pas cherchés, mais j’étais d’accord pour les affronter. Mon métier, c’est un engagement. Quand on est grand reporter, le boulot c’est d’aller chercher l’information dans des pays dangereux. Je connaissais la situation en Irak, je savais que les journalistes ou les occidentaux pouvaient être pris pour cibles. Je n’étais pas assise dans le métro quand, tout d’un coup, une bombe a explosé sous mon siège !

Vous n’avez du coup aucun regret ?
Je n’ai pas de regret, mais je me dis qu’on aurait sans doute dû mieux planifier le déplacement pendant lequel on a été enlevés. Pour diluer les risques, on suivait des protocoles de sécurité très précis, on était tout le temps sur nos gardes et puis, ce jour-là, notre attention s’est relâchée. Alors qu’il fallait toujours entrer et sortir par des endroits différents, on a laissé les papiers de la voiture à une entrée, ce qui nous a obligés à ressortir du même côté. Cela n’explique peut-être pas ce qui s’est passé ensuite, mais c’était une erreur à laquelle il m’arrive de repenser.

Ce qui étonne le plus vos interlocuteurs, c’est que vous parlez très facilement de votre captivité, sans traumatisme apparent.
Je ne m’y connais pas assez pour savoir ce qui est ou non traumatique, et je suppose d’ailleurs que c’est difficile à évaluer pour soi-même. Mais ce qui est sûr, en tout cas, c’est que les autres sont plus gênés que moi ! Pendant longtemps, les gens me demandaient sans cesse : « Alors, le contrecoup ? », et quand je leur répondais : « Pour l’instant, rien », je sentais bien qu’ils étaient déçus.

Vous n’avez même pas l’impression que cette expérience terrifiante vous a changée ?
Tout le monde a ses faiblesses et je ne veux pas donner de moi une image idéale. Ce que j’ai vécu était bien évidemment terrible, mais, pour autant, je n’ai pas été brisée et je n’ai pas non plus l’impression d’être différente. Cela dit, comme j’entends parfois : « Maintenant tu es bien, on te retrouve comme tu étais avant », j’ai peut-être changé sans m’en rendre compte !

Ressentez-vous aujourd’hui de la haine à l’égard de vos ravisseurs ?
Non, et je n’en ai jamais ressenti. Ils ne m’ont pas enlevée parce que c’était moi, mais parce que je faisais partie d’un ensemble. Je crois qu’ils n’ont jamais lu une seule ligne que j’avais écrite et qu’ils n’ont même pas eu la curiosité d’aller voir sur internet quel était exactement le journal auquel j’appartenais. Pour eux, je n’étais qu’une feuille sur l’arbre.

 


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