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Gérard Miller face à... Hugues Aufray

Hugues Aufray
"A 70 ans, je fais enfin sauter les tabous de ma vie"

 

Comment imaginiez-vous votre vie quand vous étiez enfant ?
Enfant, mes idoles s'appelaient Gauguin, Cézanne et Rimbaud. Des gens pauvres, qui vivaient une passion dévorante… Je me voyais dans un atelier, avec un grand poêle qu'on alimente avec du charbon ou du bois. Il ne fait pas très chaud et il y a une femme, ravissante, en train de se laver face au feu, dans une grande bassine. J'imaginais vraiment ça, la bohème !

Vous rêviez d'être peintre, poète…
Sculpteur ! La sculpture me fascinait. J'étais doué, d'ailleurs. Et alors que j'avais de graves problèmes de dyslexie, que j'ai appris à lire très tard, que je ne suis allé à l'école qu'en sixième, et que je suis resté incontinent, la nuit, jusqu'à quinze ans… dès qu'il s'agissait de sculpter, je n'avais plus aucun problème, plus aucun complexe !

Et vous ne regrettez pas, aujourd'hui, de n'avoir pas poursuivi dans cette voie ?
Je le regrette terriblement. Mais mon père m'a dit à l'époque : " Pas question d'être sculpteur. A la rigueur : architecte !" Comme je ne savais pas faire une division, j'ai sorti ma guitare et j'ai commencé à gagner ma vie. Je me souviens que bien plus tard, quand j'ai rencontré César et que je le voyais entrer aux Beaux-Arts, je n'osais même pas, physiquement, y mettre les pieds. Je suis rentré pour la première fois de ma vie aux Beaux-Arts, il y a quatre ans.

A 70 ans !
Oui, depuis l'âge de 70 ans, je fais sauter tous les tabous de ma vie ! J'ai pris des cours de sculpture, j'ai commencé à lire de la philosophie, et comme je ne supportais pas que mon frère aîné, qui est mathématicien, parle de physique quantique, j'ai trouvé des ouvrages qui expliquaient ça et, d'un coup, j'ai découvert ce que je cherchais à comprendre depuis toujours.

Plus vous vieillirez et moins vous avez de désirs inassouvis ?
Voilà, aujourd'hui, je fais enfin ce que j'ai toujours regretté de n'avoir pas fait. Tenez, pour la première fois, je suis même rentré à la Closerie des Lilas pour voir Renaud. J'habitais depuis des années à cinquante mètres, je passais tous les jours devant, mais je n'osais pas en franchir le seuil. A mes yeux, c'était un endroit réservé aux riches !

J'imagine que vous avez, cependant, quelques regrets " éternels "…
La mort de mon autre frère, qui était pour moi un personnage comparable au grand Meaulnes. Il était beau, grand, il avait un physique largement aussi charismatique que celui de Brad Pitt, avec en plus une voix prodigieuse. C'était un musicien classique - s'il avait vécu, il aurait été le chanteur du siècle. Mais il s'est suicidé à 25 ans, par amour. Et cela ne fait que deux ou trois ans que j'arrive de nouveau à évoquer son nom.

Vous parlez de votre frère comme si vous étiez en partie coupable de sa disparition.
Mon frère se sentait très responsable de moi et pendant longtemps je me suis dit : " Il s'est tué, après que je me sois marié, en pensant peut-être que je n'avais plus besoin de lui. " C'est un peu l'histoire de Van Gogh qui se suicide quand son frère se marie et a un enfant. En tout cas, je me suis longtemps reproché de ne pas avoir compris à quel point il était en désarroi.

 


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j'aurais du