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Gérard Miller face à... Clémentine Autain

Clémentine Autain
"J’ai manqué d’audace "

 

Comment caractériseriez-vous l’enfance qui a été la vôtre ?
Beaucoup d’amour et peu de sérénité. J’étais une petite fille mûre et responsable, qui pensait parfois que ses parents étaient ses propres enfants. Comme ils étaient souvent absents, on me brinquebalait à droite à gauche — ce qui a eu le mérite de me faire découvrir très tôt des univers sociaux différents et de percevoir presque intimement les inégalités.

Quand vous pensez à votre passé, le premier mot qui vous vient à l’esprit, c’est « douloureux » ?
Non, c'est « dialectique ». J'ai vécu bien sûr des moments très difficiles, que ce soit mon viol ou le décès de ma mère, mais ces moments douloureux, puisqu’ils m'ont permis de me construire, je les prends aussi comme des points d'appuis qui m’ont rendu plus forte.

Vous n’avez jamais attribué votre viol, par exemple, à je ne sais quelle malédiction personnelle ?
Au début, il y a sans doute l'angoisse d'être dans un mauvais scénario de répétition, d’où le risque de se laisser emporter par l’irrationnel. On se dit : « Pourquoi ai-je raté le bus que je devais prendre ? Pourquoi ai-je pris la mauvaise rue ? » Et puis on a la chance de pouvoir parler, de passer d’une histoire isolée à une histoire collective, et on cesse alors de croire à un acharnement personnel pour comprendre la dimension sociale du viol.

Ce viol a changé votre conception du monde, mais il a aussi bouleversé votre parcours professionnel.
Oui, à l’époque, je voulais être prof et je préparais le Capes, mais je me suis engagée à fond dans le féminisme. Ensuite, tout s’est enchaîné très vite : la fondation Copernic, la politique, ma première élection… Aujourd’hui, c’est un vrai regret d’avoir abandonné l’enseignement, même si cela peut encore être réparé. Je préférerais avoir quelques années d'enseignement derrière moi et pouvoir facilement retourner dans les classes. En fait, j’aimerais tout simplement avoir un métier !

Quel regard portez-vous sur les errements de la gauche anti-libérale ?
Avoir connu une victoire au référendum, des mouvements sociaux aussi forts et un début de travail en commun dans les collectifs, tout ça pour échouer au moment de désigner un candidat, c’est profondément lamentable ! Ça nous fait ressembler à tous les autres, ça nous ramène à des enjeux de boutiquiers, à des querelles de personnes qui sont minables au regard de ce que nous aurions pu apporter concrètement, notamment aux classes populaires.

Vous faites-vous à vous-même des reproches ?
J’ai mis toute mon énergie pour que l'unité aboutisse, mais j’ai peut-être manqué d'audace. L'audace personnelle et l’audace collective se nourrissent l'une l'autre ! Au lendemain du référendum, on a loupé collectivement le coche en ne formalisant pas quelque chose, mais moi-même j’aurais dû être plus offensive et ambitieuse. Quand on tirera les bilans, tout le monde devra se remettre en cause, je ne vois pas au nom de quoi j'y échapperai.

 


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j'aurais du