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Gérard Miller face à... Lucas Belvaux

Lucas Belvaux
"Mon enfance a été inquiète"

 

Etes-vous l’un des derniers cinéastes que la « question sociale » intéresse ?
Je ne le crois pas. Regardez Violence des échanges en milieu tempéré de Jean Marc Moutout ou Ressources humaines de Laurent Cantet — la fibre sociale est bien vivace ! Ces temps-ci, le cinéma français l’accepte moins facilement, c’est vrai, mais la volonté des cinéastes d’avoir un regard politique sur le monde est toujours là.

Dans vos films, vous témoignez d’une tendresse toute particulière pour la classe ouvrière.
Cela vient de mon enfance, de mes copains de classe qui habitaient Charleroi et dont les parents étaient tous maçons ou sidérurgistes. Mes grands parents maternels étaient eux aussi des prolétaires de cette sidérurgie presque campagnarde, qui faisait d’eux des prolos au sens premier du terme. J’ai grandi dans un environnement extrêmement chaleureux et je garde le souvenir d’une enfance à la fois verte et libre, où à partir de 6 ou 7 ans on pouvait déjà passer des heures à baguenauder dans la campagne sans les parents !

J’ai lu pourtant qu’en dépit de ce bonheur champêtre, vous avez fugué…
Oui, parce que mon enfance était aussi inquiète. Mes parents ne s’entendaient pas très bien, j’étais habité par la peur de ne pas arriver à être adulte et je craignais de voir s’écrouler le monde insouciant dans lequel je vivais. Du coup, j’ai voulu partir le plus vite possible pour assurer mon indépendance. Lorsque je suis arrivé tout jeune à Paris, inutile de préciser que j’étais quelque peu inadapté ! Comme je le faisais dans mon village en Belgique, je disais par exemple bonjour aux gens que je croisais dans la rue.

Votre carrière d’acteur a commencé, à 19 ans, dans le film d’Yves Boisset, Allons Z’enfants, où vous interprétiez un jeune insoumis. C’était un rôle prémonitoire ?
En tout cas, je me suis toujours senti réfractaire à l’autorité. Sur un plateau, quand je suis acteur, on peut me faire faire beaucoup de choses par la discussion et la confiance. En revanche, dès qu’il y a un rapport de forces je me braque, je résiste. C’est aussi vrai quand je suis réalisateur, dans les rapports avec la production ou les diffuseurs. Les diktats m’insupportent et je peux devenir extrêmement dur dans ces moments-là.

Vous ne cédez jamais ?
Je ne me suis jamais laissé imposer un sujet ou un acteur. Si je me considère justement comme un artiste, c’est parce que je suis libre dans mon travail et que je ne laisse personne intervenir contre mes envies profondes. Je ne suis pas prêt à faire des concessions pour préserver mon confort.

Ni regret, ni remords ?
J’étais vraiment un cancre, je n’ai pas fait d’études, ça je le regrette. Evidemment, j’ai perdu mon temps en flâneries, ce n’était pas mal, mais j’aurais pu apprendre d’autres choses ! Le flamand, par exemple, que je ne parle pas. Ça ne m’aurait sans doute servi à rien mais, par rapport à la Belgique, aujourd’hui je me sentirais mieux.

 


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