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Gérard Miller face à... Georges-Marc Benamou

Georges-Marc Benamou
" Suivre Mitterrand fut un exil éprouvant "

 

Est-ce que vous regrettez d'avoir été, en 1988, l'un des artisans de la " tontonmanie "?
Pourquoi " tontonmanie " ? L'appel à voter Mitterrand que nous avions, à l'époque, lancé dans Globe, était lucide. Nous disions alors : " Pour notre génération qui n'a pas fait mai 68, il n'y a pas d'homme providentiel, mais de tous ceux qu'on nous propose, celui-là est un peu plus soucieux de justice et de culture que les autres. " C'était ça et pas davantage la " tontonmanie ". On peut regretter bien des choses concernant Mitterrand, et d'abord ses ambiguïtés sur Vichy, mais laisser Chirac arriver au pouvoir à ce moment-là aurait été une folie.

Proche de Mitterrand, à la fin de sa vie, avez-vous parfois le sentiment d'en avoir trop dit sur lui ?
Vous savez, sur Mitterrand, je suis resté plutôt discret, évitant, par exemple, bien des sujets qui auraient été de mauvais goût. Quand on m'a allumé sur le détail gastronomique des ortolans qu'il avait mangés, c'était grotesque. L'indécence eut été vraiment ailleurs. Fort heureusement, le film de Guédiguian a été l'occasion pour la plupart de mes détracteurs d'admettre enfin que j'avais une bonne mémoire !

Ce que ce film a révélé aussi, c'est le prix personnel qu'il faut payer pour accompagner le prince…
C'est vrai, être avec Mitterrand, c'était un voyage et un exil éprouvant… Et puis, il y a comme une dépendance toxicologique à l'égard prince - d'autres en ont parlé. Je l'ai transformée en littérature - c'était une question de survie !

Vous vous pensez plus comme un romancier que comme un historien ?
Y-a-t-il une contradiction entre les deux ? Je me situerais plutôt du côté des romanciers de l'histoire, mais je n'ai pas envie de choisir. Disons que j'ai une préférence pour la façon, certes contestée par Thomas Mann, dont Zweig raconte des histoires : avec précision, mais aussi liberté romanesque.

Quand vous écrivez, vous essayez de vous souvenir de tout ?
Je trouve qu'il y a quelque chose de barbare dans l'amnésie et j'ai un tempérament parfois mélancolique qui me pousse à vouloir absolument me souvenir. Cela dit, il y a aussi une obscénité dans le tout-souvenir. Je ne crois pas à la notation fébrile qui suit un rendez-vous, et si je prends souvent des notes, c'est comme autant d'appuis de mémoire.

Que conservez-vous de votre propre vie ?
Un menu de restaurant, une carte postale, une invitation qu'on m'a envoyée il y a dix ans, un numéro de téléphone oublié. Je garde tout ça, parce que je sais qu'un jour, j'ouvrirai un tiroir, et que ce sera autant de petits cailloux blancs sur lesquels j'écrirai.

Après avoir longtemps et avec passion dirigé des journaux, vous avez arrêté, au moment même où vous deveniez père. Coïncidence ?
Sans doute pas. Il y avait à Globe ou à l'Evènement du jeudi un côté clan, bande, qui me permettait peut-être d'y trouver un substitut de famille. Et puis, j'ai longtemps ressenti une sorte d'effroi devant la paternité, ce qui explique pourquoi je suis devenu père assez tard. Est-ce que je le regrette ? Non. J'ai eu une adolescence très prolongée, à 25 ans j'aurais été un mauvais père.

 


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