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Gérard Miller
face à... Olivier Besancenot
Olivier Besancenot
"Adolescent, je voulais apprendre à être méchant"

Est-ce que
vous affectionnez l'autocritique, cette vieille pratique flagellatrice du
mouvement communiste international ?
Non, ce n'est pas le genre de la maison. Comme tous les militants de la Ligue,
j'ai un goût prononcé pour la remise en cause permanente, mais l'autocritique,
ne serait-ce que pour des raisons générationnelles, ce n'est pas ma culture.
Vous n'avez
peut-être rien à vous reprocher !
Vous le croyez vraiment ? Même si ce n'est pas ce que je souhaite mettre en
avant et même si, fort heureusement, je me corrige sur le long terme, je suis
quand même le genre de type à crier des insanités sur un terrain de foot, voire
à descendre de voiture pour en découdre… Moi qui sort parfois des insultes
délirantes, c'est à la Ligue que j'ai compris, par exemple, que dire " putain "
ou " enculé ", ce n'était pas neutre, et que les réflexes sexistes ou
homophobes, on ne s'en débarrasse pas facilement.
Adolescent,
vous étiez un dur ?
Disons que j'étais pris dans une logique de petit caïd. Je n'en suis pas un, je
ne l'ai jamais été, mais vers 18 ans, j'ai fait de la boxe pendant assez
longtemps, rien que pour apprendre à être un peu méchant. Dans ma tête, je ne
l'étais pas, mais j'étais convaincu qu'il fallait le devenir. Pendant toute mon
adolescence, j'ai pensé : " Si tu souffres, ne le montre pas. " Je me souviens
qu'au lycée, il y avait une fille dont j'étais amoureux, il ne fallait surtout
pas qu'elle le sache - j'étais en bande !
Avec les
filles, justement, vous vous conduisiez mal ?
Ça m'est arrivé, mais jamais gravement, dans le style du petit dragueur minet
qui veut montrer à ses potes qu'il peut sortir un gonzesse en boîte. Après coup,
je m'en voulais, mais mon environnement d'alors, c'était beaucoup : " Chacun
pour soi. "
Aujourd'hui,
vous n'êtes plus individualiste, mais vous mettez cependant un point d'honneur à
ne pas avoir, comme les révolutionnaires qui vous ont précédé, le sens du
sacrifice.
C'est vrai que je ne me vois pas comme un bon petit soldat. Il y a dans le
sacrificiel la négation de l'individu. La politique révolutionnaire, ce n'est
pas l'embrigadement du " je " au profit du " nous ", c'est son épanouissement,
dans le cadre d'un projet collectif de société. Alors, quand j'entends les
militants des années 70 m'expliquer qu'ils ne cotisaient pas à la retraite parce
que pour eux, de toutes façon, tout serait terminé à ce moment-là, je me dis
qu'il y a vraiment une rupture générationnelle. Aujourd'hui, quand un jeune
arrive chez nous, la première chose qu'on lui dit, c'est de trouver un boulot et
de préserver sa vie personnelle.
Est-ce que
vous avez déjà été déprimé politiquement ?
Disons que j'ai déjà eu… des coups de pompe militants. Par exemple vers 1991,
quand tous ceux qui n'étaient pas d'accord avec le capitalisme, " horizon
indépassable " depuis la chute du Mur de Berlin, étaient suspectés d'être des
staliniens en puissance. C'était " la fin de l'Histoire ", et comme j'étais en
plus minoritaire dans ma propre organisation, ça faisait beaucoup. Alors, je me
suis posé, j'ai bouquiné, j'ai pris un peu de temps avant de retrouver mon
engagement personnel.

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j'aurais du
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