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Gérard Miller
face à... Philippe Besson
Philippe Besson
"Je me sens comme un survivant"

Des Besson, le
siècle en a plein ses tiroirs, comme dirait Aragon. Cela vous gêne ?
Pas du tout. Chez Albin Michel, ils voulaient publier mon premier livre, mais
comme il y avait déjà un Besson dans la maison, ils m’ont demandé de changer
de nom. Eh bien, j’ai été publié chez Julliard. Besson est un des patronymes
les plus portés en France, Patrick a l’air de mal le supporter, mais en ce qui
me concerne j’ai réglé l’affaire une fois pour toutes : c’est le nom de mon
père.
Vous avez été
longtemps le proche collaborateur de Laurence Parisot à l’IFOP. La seconde vie
que vous avez aujourd’hui ne ressemble pas à la première !
Ces vies se sont succédé, sans guère de croisement entre elles, mais la première
n’a pas été pour autant un supplice. Je m’y suis épanoui, j’ai beaucoup voyagé,
au Canada, en Chine, en Argentine… Laurence Parisot était agacée de temps en
temps par mon côté « homme de gauche » et moi par son côté « femme de droite »,
mais on a cohabité très agréablement.
Pendant toutes
ces années, vous n’aviez pas envie d’écrire ?
J’écrivais, mais des lettres, pas des livres. Bien qu’invisible aux yeux des
autres, c’était une activité prenante. J’en écrivais beaucoup, plusieurs par
jour. Il y a une personne à qui j’ai écrit une lettre quotidienne pendant 11 ans
! Jusqu’au jour où j’ai eu l’impression de m’être rencontré moi-même : il
fallait sortir des lettres et commencer à raconter une histoire.
Pourquoi avoir
alors choisi de parler des millions de morts de la Première Guerre Mondiale ?
J’avais lu les lettres des poilus et elles m’avaient profondément ému. Mais une
tragédie collective, c’est toujours abstrait. Je voulais faire de ces millions
de morts une réalité intime, proche, charnelle. Prendre ce soldat-là et dire :
voilà, regardez-le, apprenez à le connaître, il a 20 ans, il meurt… Il est à la
fois emblématique de tous les autres et unique, comme sa disparition qui peut du
coup vous toucher..
La mort est
incroyablement présente dans votre oeuvre. C’est même autour d’un cadavre que se
rencontrent les deux héros de votre dernier livre.
C’est vrai que j’écris beaucoup sur la perte, le manque, l’absence, mais là
c’est au contraire un pied de nez à ce que j’ai pu écrire précédemment. Je
voulais montrer que d’une mort peuvent naître des étincelles de vie et d’amour.
Ce roman est marqué par quelque chose de pur et d’éclatant.
Vous vous pensez
parfois comme un mort… vivant ?
Mort vivant, non, mais je me sens parfois comme un survivant que ses disparus
accompagnent. J’ai l’impression que les années que je vis sont des années en
plus, que c’est un hasard et une chance d’être encore là. Ce sont les proches
que j’ai perdus très tôt qui m’ont donné cette conscience. Les gens qui meurent
sont des gens âgés et puis, brusquement, celui qui s’en va à votre âge. C’est à
20 ans que j’ai eu le sentiment de faire du rab.

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