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Gérard Miller face à... Jérôme Bonaldi

Jérôme Bonaldi
"J’aimerais parfois être un spécialiste"

 

Vous avez été scout. Comme les neveux de Donald avec leur « manuel des Castors Juniors », à 12 ans, vous aviez déjà réponse à tout ?
Louveteau d’abord, scout ensuite, j’ai surtout appris à me poser des questions. Le soir, sur la plage, au coin du feu, tu ne cesses pas de t’interroger ! Sur la religion, la politique ou les relations garçons-filles, quand tu es adolescent, ça t’aide à te positionner un peu plus sûrement que la Star Ac’. J’ai fini par choisir l’athéisme, mais au moins je sais pourquoi.

Est-ce qu’il y a un jour où, pour la première fois, vous vous êtes dit : « Eurêka, j’ai trouvé ! »
Oui, à 8 ans, le jour où j’ai démonté la machine à laver de ma mère et où j’ai compris comment marchait l’électrovanne. Un peu plus tard, nouveau motif de gloire personnel, j’ai élucidé le mouvement de l’horlogerie en démontant le réveil qu’on m’avait offert à Noël. Quel bonheur ! Et ces découvertes-là m’ont fait le même effet que les histoires drôles. Le premier plaisir d’une histoire drôle, c’est de l’entendre, le second c’est de la raconter.

Manifestement, vous aimez apprendre aux autres ce que vous savez. Vous avez raté une carrière de prof, non ?
Le problème, quand tu es prof, c’est que tu as un programme à suivre. Tu dois obligatoirement apprendre à tes élèves tel truc, tel jour, tu ne peux pas en sortir. Ce qui est formidable dans mon métier, c’est que je m’intéresse un peu à tout, et quand je veux.

D’où le reproche qu’on peut vous faire, de toujours papillonner…
C’est le reproche que me faisait déjà ma maman ! Mais en parlant à ma guise des objets, je parle des gens, de ceux qui les fabriquent, de ceux qui les achètent. Je parle de leurs fantasmes, de leurs désirs, voire du « niveau de leur développement socio-économique ». Dis-moi ce que tu consommes, je te dirais qui tu es. Ma culture, c’est Hugo, Camus, Sartre, Mozart ou Beethoven, mais c’est aussi Ariel, Petit Bateau, Solex, Carambar ou Evian.

Jamais, vous ne vous dites : « Arrête de survoler le monde et deviens un vrai spécialiste. »
Parfois, oui, je me dis que j’aimerais bien approfondir un sujet, dans un seul domaine, le creuser, le fouiller. On vient de me parler, par exemple, d’une enzyme formidable, qui empêche les vaches de péter. Les flatulences de la vache, c’est embêtant pour elle et, en plus, ça pollue. Eh bien, je n’en connais pas le mécanisme et je n’ai pas le temps de m’en préoccuper, c’est dommage. Là, je me dis que j’aimerais être un peu plus spécialiste et que ça doit agréable d’aller jusqu’au fond des choses.

Est-ce que vous êtes au moins un bon futurologue ?
Oh, la futurologie est un art difficile. Il se trouve que je connais le type qui a fait fortune en vendant des sonneries de téléphone. Moi, je n’aurais pas misé un kopeck là-dessus. Jamais, je n’aurais imaginé que des millions de gamins, qui refusent d’acheter 99 cts un single sur internet, soient prêts à payer un euro une petite musique pour leur portable !

 


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