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Gérard Miller
face à...
Evelyne Bouix
Evelyne Bouix
" Enfant, je rêvais de mourir sous une tonne de purée "

Revenez-vous souvent sur le passé ?
Jamais. La seule chose qui m'y fait penser, ce sont les odeurs. Brusquement,
une odeur de terre ou de pluie me propulse en arrière. J'ai alors l'étrange
impression d'être à la fois la même et une autre.
Justement, quelle autre étiez-vous… avant ?
J'étais timide et mal dans ma peau. Je n'arrivais pas à vivre. Dès l'âge de 7
ans, j'ai commencé à être obsédée par la nourriture, je ne pensais plus qu'à ça.
Je rêvais de mourir sur une île déserte, recouverte de sauce, engloutie sous une
tonne de purée. C'était vraiment violent, et ça a duré des années.
Qu'est-ce qui explique cette passion boulimique ?
L'ennui. Un ennui incommensurable. Mes parents étaient des gens exemplaires,
mais ils avaient une vie difficile. Ils travaillaient tout le temps, ma mère en
laboratoire, mon père comme mécanicien. Du coup, ils n'avaient pas le choix et
m'emmenaient en nourrice dès 6 heures du matin. Ce n'est pas leur faute, mais
mon enfance n'a vraiment pas été très gaie.
C'est l'adolescence qui vous a sortie de ce mauvais pas ?
Oui et non. A l'adolescence j'ai commencé à rencontrer des gens plus ou moins
fréquentables, des voyous de petite envergure. Ils étaient les seuls que je
trouvais drôles. Grâce à eux, il arrivait enfin quelque chose dans ma vie.
Délinquante, vous ?
Disons que c'était plutôt une petite dérive. Ces larcins me donnaient
l'impression d'exister. Mais je vous rassure, je n'ai jamais fait de mal à
personne !
Quand même, j'aurais plutôt imaginé que c'était l'amour qui vous avait sauvée !
C'est vrai aussi. J'adorais les garçons. Moi qui étais si inadaptée à la vie,
seul le rapport amoureux m'y raccrochait. Cela dit, comme je traînais de fiancé
en fiancé, je perdais beaucoup mon temps. Un jour, j'étais encore très jeune, on
m'a proposé par exemple de rencontrer Claude Sautet. Je faisais du théâtre
depuis quelques années, mais le garçon dont j'étais alors amoureuse me répétait
que c'était un milieu de fous et je ne suis pas allé au rendez-vous prévu. Ce
n'est pas la seule occasion que j'ai ratée ! Je n'avais aucune conscience des
choses.
Qu'est-ce qui a donc changé radicalement pour vous, lorsqu'à 25 ans, vous avez
rencontré Claude Lelouch ?
Il a porté sur moi un regard différent et qui m'a fait du bien. Il s'est
intéressé à moi alors que j'allais très mal, que j'étais dans un sale état. Il
m'a aidé à me reconstruire physiquement. C'était un Pygmalion, mais également un
infirmier.
Pierre Arditi a joué le même rôle ?
Lui m'a ouvert au monde. Quand je l'ai rencontré, j'étais encore très
introvertie, je n'arrivais pas à parler. Pierre est gai, il aime la vie, c'est
avec lui que je me suis définitivement rencontrée.
Depuis près de vingt ans que vous vivez ensemble, vous pensez former désormais
l'un de ces couples mythiques du cinéma qui fait rêver le public ?
Non, pas du tout. Moi aussi j'ai adoré Humphrey Bogart et Lauren Bacall, Spencer
Tracy et Katharine Hepburn, Liz Taylor et Richard Burton, mais c'était une autre
époque. Aujourd'hui, aucun couple ne peut plus faire cet effet, c'est un monde
révolu. Et ça ne me chagrine pas !

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