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Gérard Miller
face à... Didier Bourdon
Didier Bourdon
"Le doute est un état d'esprit qui m'est familier"

Est-ce que n'auriez pas pu mener à bien une carrière, disons, plus
classique ?
Sans doute. François Chaumette, qui a été mon professeur, souhaitait me voir
entrer à la Comédie Française. A l'époque, l'ambiance n'était pas bonne,
c'était difficile d'aller jouer à l'extérieur, et je n'ai pas un seul instant
été tenté. Depuis, je n'ai jamais regretté d'avoir dit non.
Du coup, n'avez-vous pas le sentiment d'être condamné au comique ?
Si c'était le cas, ce serait une belle condamnation ! Mais non, je me dis plutôt
que j'ai encore le temps devant moi… pour ne pas faire rire. Vous verrez, les
rôles dramatiques viendront à leur heure. Par contre, ne plus jamais faire rire,
ça, ce serait une perspective désolante.
Vous arrive-t-il parfois de penser à ce qu'il restera plus tard de vos sketchs
ou de vos films ?
Quand j'étais adolescent, j'imaginais le jour où ceux qui m'ont aimé
viendraient pleurer sur ma tombe. Ça m'est passé. Aujourd'hui, je plains ceux
qui pensent à la postérité. Quand on se penche trop sur son passé, on risque de
se transformer en statue de sel, mais regarder trop loin devant est tout aussi
déconseillé. Cela dit, allez demander à la Fnac si on vend plus de Dvd des
Tontons flingueurs ou d'Un homme et une femme !
Vous évoquez votre adolescence. En êtes-vous vraiment sorti ?
Dans ma tête, j'ai de temps en temps l'impression que non, mais la perte de mon
père, il y a deux ans, a vraiment changé la donne. Il travaillait à l'EDF, puis
il a été ordonné diacre, à Notre Dame, en 1994, par Monseigneur Lustiger. Sa
mort m'a sinon transformé, du moins bouleversé. J'ai éprouvé le besoin de faire
un grand nettoyage dans ma vie, comme si le moment était enfin venu de me
débarrasser de tout ce que j'avais jusque-là accumulé sans raison. J'avais la
manie de thésauriser les papiers, les lettres, plein de conneries que je
conservais pour ne pas avoir à m'en séparer. J'ai tout fait disparaître.
Habituellement, vous hésitez beaucoup avant de faire les choses ?
Oh, oui ! Le doute est un état d'esprit qui m'est familier. Ce n'est pas en soi
un défaut. Le problème, c'est quand, après avoir fini par prendre une décision,
je recommence à douter au lieu de m'y tenir. Maintenant, c'est plus rare :
j'hésite toujours beaucoup, mais je garde ensuite le cap choisi.
Dois-je en conclure que vous êtes un homme influençable ?
Il y a certaines personnes qui n'écoutent pas, moi, j'écoute un peu trop. Ce
n'est pas un hasard si j'ai travaillé avec des gens mal intentionnés qui ont
quelque peu abusé de ce qu'ils prenaient pour une faiblesse. Je n'ai jamais rien
fait d'honteux, mais il y a des pertes de temps et des films, dont je me serais
bien passé.
Vous pensez à Paul Lederman, qui fut l'impresario de Coluche avant d'être celui
des Inconnus ?
Lui, c'est plus compliqué. Nous avons été entre ses mains, mais il a su croire
en nous et nous imposer. Nous lui devons nos plus grandes joies artistiques. Ce
que je regrette, c'est de m'être laissé envahir et, comme tous les timides qui,
tout à coup, frappent du poing sur la table, de n'avoir pas su mettre assez tôt
des barrières.

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j'aurais du
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