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Gérard Miller face à... Pierre Bouteiller


Pierre Bouteiller
« Je n’ai jamais crié de ma vie »

 

 

La radio, racontez-vous dans votre livre, vous avez commencé, enfant, par la regarder.
Ah ! ce chapitre sur mon enfance, c’est celui qui m’a le plus coûté ! J’étais convaincu que ça n’intéresserait personne et je me méfiais de ma tendance à l’émotion facile — mais mon éditrice a insisté… Cela dit, c’est vrai : comme nous n’avions pas de télévision, pas de disques, pas d’argent, on se réunissait devant le poste et on finissait par regarder ce gros meuble, d’où s’échappait des musiques, des paroles, des informations.

Votre enfance, c’était la guerre. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ?
La famine. J’ai crevé de faim, au sens propre du terme. Je me souviens de mon père faisant 20 kilomètres à pied pour rapporter à la maison des topinambours. Je me souviens aussi des engelures, plus personne ne sait ce que c’est aujourd’hui, mais quand on manque de calories et que l’hiver arrive, les doigts deviennent énormes et on souffre terriblement. J’ai vécu tout ça, on n’a pas impunément 71 ans.

Mais d’avoir cet âge-là aujourd’hui vous a aussi permis de connaître les grandes heures de la radio française.
C’était les trente glorieuses. On ne volait pas nos salaires, on travaillait énormément, mais il y avait une véritable insouciance économique. Quand on était viré d’Europe n°1, ce qui a été mon cas, on allait à RTL, ou à France-Inter, ou à France-Soir, on ne s’en faisait pas… Heureusement, d’ailleurs, pour moi qui n’ai jamais su choisir entre mes intérêts carriéristes et ma liberté d’expression !

Vous êtes de gauche et vous ne vous en êtes jamais caché, cela a eu des effets négatifs sur votre carrière ?
Non, quand la gauche était au pouvoir, être de gauche ne m’a pas trop desservi, il faut être honnête. Et quand il y avait à Radio-France des présidents qui étaient de droite… je servais d’alibi, comme aujourd’hui Daniel Mermet. Du coup, ça a joué sur ma carrière, mais pas forcément de manière négative.

N’est-ce pas surprenant qu’un homme aussi frondeur que vous ait accepté de devenir à son tour patron ?
Même si tu penses que tu es plutôt fait pour l’antenne, quand on te propose la direction de France-Inter ou celle de France-Musique, tu ne refuses pas. Mais comme je suis un type gentil, ce qui est un défaut professionnel, j’ai trouvé que c’était un métier épouvantable. J’avais vraiment trop de mal à me séparer des gens, même quand je ne les aimais pas. En fait, je crois que je n’étais pas assez patron quand j’étais patron, j’avais trop d’états d’âme.

Votre voix est devenue légendaire, vous-même l’aimez ?
Je n’ai pas une belle voix, mais j’ai une voix qui passe bien et je m’en suis servi pour séduire, pour véhiculer mes petites idées, mon persiflage. Et puis, j’ai toujours pensé que pour bien se faire entendre, il fallait parler doucement. Je n’ai jamais crié, même avec mes enfants, jamais élevé la voix, ni la main d’ailleurs. Même avec mon chien, quand je dois être ferme, je hausse un peu la voix, mais je ne hurle jamais, je ne peux pas.

 


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