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Gérard Miller face à... José Bové

José Bové
" Je ressens aujourd'hui un très fort besoin de vide "

 

Parce que vous êtes un militant on ne peut plus intransigeant, vous avez enduré quatre fois la prison. Est-ce que vous vous en faites parfois le reproche ?
La seule fois où j'ai regretté d'être en prison, c'est la première fois, en juin 1976. Ma fille avait alors huit ou neuf mois. Elle est venue me voir au parloir et, comme elle voulait me toucher, elle a passé une heure entière à gratter sur la vitre qui nous séparait. C'était une situation insupportable, parce qu'elle ne pouvait pas comprendre, à son âge, le pourquoi de cette vitre qui la privait de son père.

Près de trente ans plus tard, est-ce qu'il y a autre chose que vous vous reprochez plus particulièrement ?
Pour moi, c'est évident, c'est ce que j'ai dit au retour de mon deuxième voyage en Palestine, quand j'ai évoqué le fait qu'il y avait eu, dans les années cinquante, quelques actions organisées contre des lieux de culte par les services secrets israéliens. A ce moment-là, je revenais d'un coin du monde où l'insécurité était vécue par les Palestiniens et j'ai voulu dénoncer ce que leur faisait subir quotidiennement l'armée israélienne. Mais je l'ai fait dans un tout autre contexte, en France, au moment même où des attaques avaient lieu contre des synagogues et des écoles, et où c'était la communauté juive qui connaissait, elle, un sentiment d'insécurité. Mes propos devenaient du coup inaudibles. C'est une véritable erreur, qui a fait mal à la communauté juive, et qui m'a fait mal à moi, parce que je me suis retrouvé accusé de ce qui est à mes yeux un crime absolu : l'antisémitisme.

Est-ce pour éviter à l'avenir de tels " malentendus " que vous avez préféré ne plus être, en avril prochain, le porte parole de la Confédération paysanne ?
Non, c'est une décision d'un autre ordre. Quand on est en permanence dans l'action, surtout lorsque cette action se déroule au niveau national et international, on finit par s'appauvrir. On sent son énergie aspirée par les autres et on a de moins en moins la capacité de se renouveler. Ce n'est pas seulement une fatigue physique, c'est surtout psychologique. Par moments, on a envie de rester caché, parce que on n'a plus la capacité de rendre ce qu'on vous demande.

Vous étiez donc sur le point de craquer !
Craquer, c'est être physiquement épuisé ou psychologiquement incapable de faire face. Moi, j'arrête avant de craquer. Ou avant de n'être plus qu'un automate, au rôle mécanique, sans plus aucune spontanéité.

José Bové, un robot ?
Quand tu n'as plus une minute à toi, plus de temps à consacrer à la réflexion, tu te déconnectes de toi-même. Il n'y a eu aucun moment où je me suis dédoublé, mais j'ai senti que c'était quelque chose qui pouvait m'arriver. Me retrouver deux personnes à la fois, l'une n'étant que l'extérieur de moi-même, mais prenant le dessus et balayant l'autre.

Je sais que vous avez fait construire votre propre bateau à voile…
Je ressens un très fort besoin de vide. Cela ne veut pas dire que je me désengage, mais que je veux retrouver mon intégrité intérieure, avant d'être complètement aspiré dans un truc que je ne gèrerai plus. Je préfère me fixer mes propres limites.

 


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j'aurais du