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Gérard Miller
face à...
Mgr Jean-Luc
Brunin
Mgr Jean-Luc
Brunin
" Je ne suis pas un serviteur inutile, mais quelconque "

Etes-vous parfois nostalgique ?
Quand j'étais supérieur du Séminaire, je répétais souvent aux séminaristes que
le travail pastoral suppose une relecture. Mais la relecture, ce n'est pas
pour autant un retour nostalgique vers le passé. Constater qu'on n'a pas
réussi à trouver avec l'autre le mot juste, parce qu'on était trop plein de
nous-même ou pris par d'autres difficultés, c'est chercher comment adopter une
attitude plus accueillante. La relecture, c'est l'occasion de mesurer ce qui a
pu être raté, mais dans la seule perspective d'aller plus loin.
Vous étiez évêque dans le Nord, on vous envoie brusquement en Corse. Pas de
regret ?
Non, ce n'était pas brusque, c'était un appel, et un appel arrive toujours de
façon surprenante. Vous savez, quand je regarde mon parcours, je me dis que ce
n'est pas la première fois que je suis ainsi surpris dans des projets, qu'il me
faut les laisser et partir. Ma vocation première était d'être enseignant. Quand
on m'a posé un jour la question de devenir prêtre, à moi qui étais heureux dans
ma communauté de frères, dans le collège où j'enseignais, j'ai été surpris.
Comme je l'ai été, des années plus tard, quand on m'a demandé de devenir
supérieur du Séminaire ou évêque auxiliaire de ville. La surprise fait partie
intégrante de l'itinéraire de tout chrétien.
Vous acceptez donc facilement que l'Eglise fasse aussi peu de cas de vos
engagements personnels ?
C'est bien sûr une souffrance d'abandonner des gens avec qui on a travaillé
et qu'on aime. Mais c'est la pauvreté évangélique que de dire : " Je ne suis pas
l'irremplaçable. Mes projets vont continuer, parce que d'autres en prendront le
relais. Je suis le serviteur de l'Evangile, non pas un serviteur inutile, mais
quelconque. "
Quelle impressionnante égalité d'âme ! Vous n'êtes donc jamais angoissé ?
J'ai des inquiétudes, bien sûr. Quand je rencontre quelqu'un, j'ai toujours
envie de le rejoindre sur son terrain, à partir de ce qu'il est, de son
histoire, de ses questions. Louper la rencontre avec lui m'inquiète, par
exemple. Mais le but n'est pas que je sois bien et que je réussisse. Il faut que
l'Eglise que je sers puisse vivre et accomplir cette rencontre Un évêque n'est
pas appelé à être personnellement prophète, mais à rendre l'église qu'il sert
prophétique.
Vous qui êtes si attaché au dialogue entre les chrétiens et les musulmans, les
choses se sont passées facilement pour vous ?
Non, j'avais moi aussi, comme beaucoup de gens, des appréhensions, des
préjugés. Il faut vous dire qu'enfant, j'avais vu un jour un homme se faire tuer
devant moi. C'était l'époque où il y avait des règlements de compte pour ceux
qui ne payaient pas l'impôt au FLN et j'ai été longtemps imprégné par cette idée
que les " Nord-Africains ", comme on disait, étaient des gens sauvages qui
s'entretuaient. Quand je suis devenu prêtre dans des quartiers où il y avait un
fort pourcentage de familles maghrébines, j'ai dû me faire violence pour aller
vers veux. Mais je me suis rendu compte alors que je n'étais pas prêtre pour les
seuls chrétiens mais pour toute une population, et que tout homme est
rencontrable.

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j'aurais du
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