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Gérard Miller
face à...
Cabu
Cabu
« Je regrette souvent de n’être pas plus incisif »

A quand remonte votre décision d’être dessinateur ?
A 12 ans, lorsque j’ai gagné un concours de dessin, dont le premier prix
était un vélo. Mon père m’a dit : « Si on pouvait vivre en étant dessinateur,
ça se saurait ». Mais lorsqu’il a vu que je ne pouvais rien faire d’autre,
il m’a aidé, et à 15 ans j’ai commencé à dessiner dans le journal local.
Cinq ans plus tard, vous étiez soldat et, pendant 27 mois, vous avez
participé à la guerre d’Algérie.
C’était entre 1958 et 1960, une période où on prenait tout le monde, je n’ai
pas pu y échapper. Je ne connaissais rien à rien, je ne savais même pas qu’on
pouvait être objecteur de conscience. J’ai vécu la dernière guerre coloniale
sans la comprendre, du moins sur le moment. Cela dit, même si j’ai vu des
cadavres, je n’ai tué personne.
Juste après, vous avez rencontré la bande d’Hara-Kiri et de Charlie,
et vous ne l’avez plus jamais quittés. Vous vous sentiriez mal ailleurs ?
Disons qu’il y a beaucoup de journaux dans lesquels je ne dessinerai pas.
Tous les journaux d’extrême droite, bien sûr, mais aussi bien les journaux
people ou les gratuits. Il faut être cohérent avec ce qu’on dessine.
C’est comme pour la publicité, je n’ai jamais voulu en faire. Comment peut-on
faire vendre des trucs pour ensuite venir les critiquer ?
Le vieux rebelle que vous êtes a néanmoins collaboré au Figaro.
Oui, j’ai suivi pendant 45 jours le procès Ben Barka pour le Figaro.
C’était un peu la revanche des dessinateurs sur les photographes, qui n’étaient
pas autorisés à travailler dans le prétoire. Ça m’a beaucoup intéressé et je le
regrette d’autant moins que c’était avant l’arrivée de Robert Hersant !
En
un demi-siècle de dessins, vous est-il arrivé d’être trop cruel avec l’un de
ceux que vous aviez caricaturés ?
Oh si je devais regretter quelque chose, c’est plutôt de n’être souvent pas
assez incisif ! Il m’est arrivé plusieurs fois de faire un dessin sur un homme
politique, que je souhaitais esquinter, et de recevoir, quelques jours plus
tard, une lettre de sa part où, ravi, il me demandait l’original pour sa
collection personnelle.
En vous parlant, je suis frappé par votre sérénité. Vous ne faites jamais de
tachycardie ?
Il y a eu un drame, une période vraiment dure dans ma vie, quand mon fils, le
chanteur Mano Solo, a été très malade. Il s’en est tiré, mais le souvenir de ce
qu’il a traversé reste présent. A part ça, c’est vrai, je me préserve et je fuis
les sensations fortes ! J’écoute Charles Trenet, je regarde Laurel et Hardy, au
cinéma je ne vais voir d’ailleurs que des comédie, jamais de drames, encore
moins de films catastrophe — j’aurais trop peur d’avoir des cauchemars. En
littérature, je n’aime pas Céline : à petites doses, ça va, mais au bout de
trois pages, c’est trop fatiguant. Et puis, je suis un vieil écolo. Par goût, je
mange bio et comme je ne tiens pas l’alcool, je ne bois pas. Bref, je cherche
toujours le côté ensoleillé de la rue.

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