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Gérard Miller
face à... Roger Carel
Roger
Carel
"J’ai dû souvent m’oublier moi-même"

Vous, dont
la voix est aujourd’hui si célèbre, il paraît que vous avez passé votre
enfance à vous taire !
Oui, parce que j’étais élève chez les frères de Saint Jean Baptiste de la
Salle, qui appliquaient des principes d’éducation quasiment militaires. Jamais
personne ne levait la main sur un enfant, mais il était tout le temps interdit
de parler, sauf dans de la cour de récréation. Au réfectoire ou au dortoir, si
le frère qui nous surveillait entendait ne serait-ce qu’un murmure, nous
étions punis.
Comment, dans
un tel contexte, avez-vous pu découvrir le théâtre ?
C’est un des frères qui m’y a initié ! Alors même que je poursuivais des études
pour devenir séminariste, cet homme absolument charmant s’était mis en tête de
m’y intéresser dès la classe de 3ème. Il me donnait sans cesse des
pièces à lire et me demandait d’en jouer des passages devant mes petits
camarades. Et puis, nous avions à l’époque une église sublime, avec des grandes
orgues et des gens extraordinaires qui venaient y jouer. Pour moi qui avait la
foi, le faste des cérémonies religieuses s’apparentait déjà au plus beau des
théâtres !
A quel âge
avez-vous découvert que vous pouviez modifier avec facilité votre voix ?
A 14 ans. Dès cet âge-là, je me dissimulais dans un coin et je faisais sursauter
les copains, dès qu’ils faisaient une bêtise, en prenant la voix grave d’un
professeur. Dans le même temps, je pouvais raconter un film, du début à la fin,
en imitant tous les personnages. Cette facilité vocale séduisait évidemment mon
entourage et m’encourageait à cabotiner.
Jeune
comédien, vous vous attendiez à prêter votre voix aux autres ?
Pas du tout, c’est le hasard. Je jouais au théâtre Fontaine la première pièce de
Robert Hossein, avec Jean Rochefort et Jean-Louis Trintignant, quand un homme,
qui était dans la salle, est venu me dire que ma voix correspondrait
parfaitement au personnage de Peter Lorre, qu’il s’agissait de doubler. Moi je
voulais tout connaître, alors j’ai accepté.
Et vous avez à
la fois tout joué et tout postsynchronisé ! Mais se mettre dans la peau de
Chaplin ou de Peter Ustinov, c’est plus difficile, j’imagine, que de doubler
Kermit la grenouille ou Astérix ?
Disons qu’on y va sur la pointe des pieds. Certains acteurs sont tellement
parfaits qu’on ne peut pas se permettre de les trahir. Trahir un petit bonhomme
de dessin animé, ça ne se fait pas, mais c’est quand même moins grave. Quand on
vous confie le personnage qu’un acteur s’est donné tant de mal à interpréter, il
faut savoir s’oublier soi-même pour retrouver au mieux ce qu’il a fait.
Vous doublez
Winnie l’ourson depuis 40 ans, cela doit finir par créer des liens entre vous…
Oui, d’autant plus que, dans la même série, je doublais aussi Coco Lapin et
Porcinet, ce qui m’obligeait à changer très vite. Bon, j’ai aujourd’hui 81 ans
et j’ai fini par abandonner Porcinet à l’un de mes amis. Mais faire deux voix à
la fois, croyez-moi, c’est encore une performance !

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j'aurais du
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