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Gérard Miller face à... Guy Carlier
 

Guy Carlier
« Tous mes regrets sont liés à des lâchetés »


 

Avec les autres, vous êtes mordant, voire acerbe. Mais avec vous-même, quelle férocité ! Un vrai auto-cannibale.
Sur mon poids, il aurait été mal venu que je ne pratique pas la dérision. Quand je raconte que j’ai acheté, au fil des années, des voitures de plus en plus grosses, avec des habitacles de plus en plus spacieux, et que même dans un 4x4, avec le siège reculé à fond, je devais bloquer ma respiration pour ne pas klaxonner en permanence, c’est pathétique, bien sûr, mais comme c’est drôle, ça passe.

Parfois, ce n’est pas drôle du tout. J’ai tout transformé en merde, expliquez-vous, même l’amour.
C’était, en effet : « Dis moi que tu m’aimes, que je te consomme. » Et à partir du moment où l’autre me le disait, il était ingéré et ne m’intéressait plus.

N’avez-vous pas le sentiment d’être obscène, en vous décrivant dans ce livre sous les coutures les plus intimes, en vous mettant ainsi à l’étal ?
Sans doute, d’où le dégoût que je peux à l’occasion m’inspirer, mais quand vous voyez une femme obèse chez Fellini, quand vous regardez un Botero ou L’origine du monde de Courbet, n’est-ce pas aussi obscène ? A partir du moment où il y a un souffle de créativité, y-a-t-il encore indécence ?

A l’origine de ce que vous appelez votre « maladie », vous racontez qu’il y a un traumatisme infantile.
Oui, je devais avoir trois ans. Ma mère m’avait laissé dans un centre aéré avec des enfants beaucoup plus âgés que moi. Je me souviens de leur vacarme et de la frayeur que j’ai ressentie, jusqu’à ce que la maîtresse m’emmène déjeuner avec les monitrices. Là, je me suis retrouvé dans un havre de paix, entouré de ces femmes qui me nourrissaient et ma peur s’est calmée. Depuis, à chaque fois que j’ai peur, que je suis angoissé et que j’ai comme l’impression que des chiens bouffent mes entrailles, manger me calme.

Et la peur vous tenaille souvent ?
Oui, parce que dans cette maladie, elle prend souvent le dessus. Alors, vous partez vous enfermer, vous cacher, et vous mangez de plus belle. Dans ma vie personnelle ou professionnelle, tous mes regrets sont liés à des situations que je n’ai pas osé affronter, où j’ai été lâche. J’apprends ça en me guérissant.

Récemment, on vous a vu poser avec votre compagne dans Match, puis être filmé à la clinique où vous allez régulièrement. Vos détracteurs moquent votre dérive people .
On m’avait dit que des paparazzis nous suivaient et que des photos dans Match dédramatiserait la chose. J’ai accepté, alors même que c’était insupportable pour moi. Là-dessus, Marc-Olivier Fogiel m’envoie sept textos consécutifs en me reprochant de ne pas être loyal et de lui avoir préféré Match. J’ai de nouveau dit oui. Voici a balancé toutes mes citations sur les people, sur le thème « Guy Carlier, deux poids deux mesures ». Je n’ai rien à dire. Autant je considère qu’il y a de la création dans mon bouquin, autant, là, je sais que je n’ai pas eu le courage de dire non et je ne peux que le regretter.

 


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