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Gérard Miller face à... Jean-Claude Carrière

Jean-Claude Carrière
"J’aimerais être anonyme"

 

Il paraît que vous revenez régulièrement dans la maison qui vous a vu naître, à Colombières-sur-Orb, dans l’Hérault.
Oui, j’y vais deux fois par an, et à 300 mètres de là, il y a ma tombe, déjà prête, avec mon nom dessus, comme c’est la coutume dans le village. Dans nos métiers où, d’une année sur l’autre, les revenus sont très inégaux, je me suis toujours dit que j’avais une solution de repli : me retirer là-bas et y vivre avec 500€ par mois ! C’est extrêmement rassurant.

Le fils de petit paysan que vous êtes se souvient de ce que son père lui a appris ?
Même si ma génération est celle qui a connu le plus grand exode rural de l’histoire de France, même si j’ai grandi avec une culture et vécu dans une autre, je me souviens de tout. Dès que je retourne au village,  aucun problème : je sais greffer un arbre, labourer avec un cheval ou construire un mur en pierre sèche.

Depuis quarante ans, vous habitez Pigalle. Ce quartier vous ressemble ?
Sans doute ai-je, comme lui, de mauvaises fréquentations — je suis tout sauf un académicien ! Plusieurs fois, on m’a d’ailleurs proposé de me présenter à l’Académie française. Je n’ai rien contre ses membres, mais je ne m’imagine pas porter un uniforme, arriver à heure fixe, obéir à des rituels… Cela tient sans doute à mon goût ancien pour le surréalisme. Et puis, Pigalle est un quartier de promiscuité, on ne sait jamais qui on va y rencontrer. J’aime ça, je suis plus intéressé par la culture des autres que par la mienne propre. Je suis un hétérosexuel, mais aussi un hétéro… culturel !

Vous avez travaillé avec Luis Bunuel, Peter Brook, Milos Forman… Quel cinéaste ne vous a jamais appelé, que vous regrettez encore ?
A une époque, chaque fois qu’on me proposait un travail, je me disais : « Et si Fellini appelle demain ? » Je ne m’imaginais pas lui répondre que j’étais occupé. Fellini ne m’a pas appelé, ni d’autres cinéastes que j’ai beaucoup admirés, comme Tarkovski ou Kiarostami. Mais, après tout, est-ce que j’aurais pu leur apporter quelque chose ?

Etre un auteur, c’est le choix fondamental de votre existence. Et pourtant vous publiez le Cercle des menteurs, dont l’auteur… est anonyme.
L’auteur de ce livre, c’est le peuple de tous les temps, avec ce mystère absolu : comment ces histoires, dont certaines sont des chefs-d’œuvre, ont-elles voyagé jusqu’à nous ? Elles n’ont jamais été écrites, et bien que transportées par le vent, elles sont aujourd’hui plus solides que nos plus solides pyramides.

L’anonymat vous tente ?
L’anonymat, c’est le sommet de la gloire. Regardez Shakespeare Personne ne sait quels étaient ses goûts, s’il aimait les hommes ou les femmes, le sucré ou le salé… Dans notre histoire littéraire, il est comme une ombre, un fantôme. J’aimerais, oui, être anonyme, et c’est peut-être pour ça que j’ai choisi d’être scénariste, car des écrivains d’aujourd’hui, c’est celui que est le plus proche de l’anonymat.

 


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j'aurais du