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Gérard Miller face à... Jean-Pierre Cassel

Jean-Pierre Cassel
"J'ai toujours été en sursis"

 

Quand vous étiez jeune, est-ce que vous ressembliez à ces personnages insouciants et séducteurs, que vous interprétiez dans les films de Philippe de Broca ?
Non, quand j'étais jeune, j'étais plutôt morbide, je voyais la vie en noir, je pensais à la mort. Quand ça marchait bien, je faisais en sorte que ça marche moins bien. Je me disais : " C'est trop facile, il faut que ça se complique. " J'étais autodestructeur, et puis secret, timide - je ne livrais rien. C'est très progressivement que je suis arrivé à quelque chose d'un petit peu plus facile à vivre.

De Saint-Germain-des-Prés, au début des années cinquante, vous gardez quel souvenir ?
C'était une période trouble pour beaucoup, certains ont disparu dans la drogue, moi je suis passé au milieu de tout ça sans même savoir que ça existait. Je dansais. Je dansais comme un malade et en m'extériorisant sur les pistes, ma timidité disparaissait. J'étais une petite vedette dans le quartier, ça me suffisait, je ne me posais pas de questions. On ne gagnait pas d'argent, mais on draguait les filles facilement, on avait plein de copains, on buvait à l'œil - c'était le rêve !

Alors pourquoi, un beau jour, avez-vous donc décidé de changer ?
J'ai changé, à l'approche de la trentaine, avec le cinéma. De me voir à l'écran dans ces rôles légers où je paraissais dix ans de moins, a eu un effet réactif. Je mesurais l'inconsistance de ces fanfarons sympathiques et marrants que j'interprétais, et je me disais : " Il faut vraiment que tu fasses autre chose avant qu'il ne soit trop tard "...Il y a eu comme une prise de conscience parallèle à mon métier. J'ai eu envie de jouer au cinéma des rôles plus complexes, plus denses, et dans le même temps, j'ai eu besoin d'évoluer dans ma vie personnelle vers plus de sens. Philippe de Broca n'était d'ailleurs pas d'accord, il voulait continuer comme avant, et c'est pour cela que nous nous sommes séparés.

Du coup, votre filmographie impressionne à juste titre quiconque la regarde. Quand avez-vous eu le sentiment d'être arrivé à vos fins ?
Jamais. Quand on me cite aujourd'hui Le Caporal épinglé, Cyrano et d'Artagnan ou encore L'Armée des ombres, que tout le monde tient en très haute estime, je souris. Je me souviens de la déception de Melville, à la sortie de ce film qui était, pour lui, le film de sa vie : " Quand je tourne un polar, me disait-il, je fais un million d'entrée. Et là : 200.000 ! " Vous savez, je n'ai jamais tourné de " block buster ". Après chaque film, j'ai été obligé de remonter la machine.

En quarante ans, vous êtes pourtant un des rares acteurs à ne jamais avoir arrêté de travailler.
Oui, mais j'ai accepté des tas de choses que beaucoup d'autres acteurs n'auraient pas accepté : de faire de la télé, de partir en tournée, de jouer à l'étranger… Je n'ai jamais été en roue libre, je ne me suis jamais dit : " Maintenant, tu peux choisir ce que tu veux. ". Cela étant, c'est sans doute l'essentiel de ce métier ! Le jour où tu n'es plus en sursis, tu es cuit.

Dites-moi, ces dernières années, vous avez donné combien d'interviews où on ne vous a pas parlé de votre fils ?
Aucun, c'est le premier.

 


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j'aurais du