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Gérard Miller
face à... Roland Castro
Roland Castro
« Un architecte ne peut enterrer ses erreurs »

Quel rapport
entretient avec son passé l’ex-leader gauchiste que vous êtes ?
Un
épouvantable rapport de fidélité ! Il y avait, bien sûr, des naïvetés
ridicules dans le gauchisme, mais les valeurs positives n’en étaient pas moins
les plus nombreuses : l’anti-colonialisme, la lutte anti-hiérarchique,
l’insurrection de la parole en mai 68, ou encore ce côté « on le dit, on le
fait », qui est toujours aussi nécessaire.
Vous affirmeriez encore aujourd’hui : « Ce que nous voulons ? Tout ».
C’était
un joli mot d’ordre… Ça voulait dire : « Nous souhaitons un autre monde, et pas
seulement quelques améliorations. » Oui, cela me paraît toujours aussi juste de
vouloir changer le monde. A une condition, cependant : se sortir de la tête que
l’homme est bon. Aujourd’hui, je pense comme Freud qu’on peut grandir les
hommes, mais pas les changer.
Comme architecte, vous avez le sentiment d’avoir également mené un combat ?
Certainement. Très tôt, je suis parti en guerre contre la pensée ultra
rationaliste à la Le Corbusier, pensée totalitaire qui a fait moins de morts que
les deux grands totalitarismes du XXème siècle, mais provoqué beaucoup de
dépressions. Je me suis battu contre les espaces panoptiques, j’ai voulu
retrouver la dérive de la ville, redonner sens aux mots « charme » et
« pittoresque »… Actuellement, je travaille à Angers. C’est une architecture de
promeneur, rien à voir avec l’obsession de donner à tout le monde la même vue,
voire le même soleil…
Pendant les émeutes de l’année dernière, que s’est-il passé dans « vos »
quartiers ?
Si je prends le plus grand quartier que j’ai transformé et qui se trouve à
Villeneuve-la-Garenne, il ne s’est rien passé. Depuis dix ans, la municipalité
est très active, mais ce que j’ai fait a bien dû jouer un rôle. Je crois qu’on
vit mieux dans les morceaux de ville que j’ai tricotés.
On vous doit bien quelques erreurs, sinon quelques horreurs, non ?
Une
fois, il m’est arrivé de rater horriblement une maison solaire — je m’étais
trompé dans ses dimensions. Or une maison, ce n’est pas comme un manuscrit qu’on
peut réécrire ou même comme un tableau qu’on peut retourner. Vous connaissez la
blague : les médecins enterrent leurs erreurs, les architectes, non. Sinon, dans
l’ensemble, je n’ai pas à rougir de mon travail, même si je suis aujourd’hui
plus soigneux, plus attentif aux détails qu’avant.
Vous avez longtemps conseillé le prince, pourquoi vouloir prendre sa place ?
Parce
que conseiller le prince ne sert pas à grand chose ! Quand j’étais chargé de
mission, je passais mon temps à m’engueuler avec l’administration. J’ai envie de
me planter pour de bon dans le paysage politique. Calculer l’âge de la retraite
sur l’espérance de vie liée au métier, sortir les médicaments du marché,
inventer un service mondial de l’eau, interdire le classement public des lycées,
imaginer un Sénat philosophique qui prendrait son temps, etc. Lisez mon
programme, il raconte une histoire que les gens ont envie de vivre.

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