|
| |
Gérard Miller
face à...
Philippe Caubère
Philippe Caubère
"J’aurais dû
parler avec ma mère"

A la ville,
est-ce que vous ressemblez à votre alter ego sur scène ?
Non, je suis moins bien ! J’ai beau essayer d’être un honnête homme, le
théâtre me donne des vertus que je n’aurais pas sans lui. Quand je me retrouve
sur le plateau avec six heure de spectacle devant moi, je me dis par exemple :
« Mais où vas-tu trouver le courage d’y arriver ! » Et je le trouve,
alors même que dans la vie, j’ai peur des bagarres.
A quoi tient la
fascination qu’exerce sur vous votre jeunesse ?
Ma génération est la première qui n’ait pas connu
la guerre et qui a pris le pouvoir dans la rue, dans les pensées, dans les
mœurs. J’ai eu envie de témoigner de cette expérience-là et de faire du coup
une œuvre — n’ayons pas peur des grands mots, même si c’est une œuvre de
farceur —, qui soit comme une apologie de la jeunesse.
Il y a cependant
une grande différence entre votre enfance et votre adolescence.
J’ai eu une enfance solaire et une adolescence
nocturne. Jusqu’au lycée, je me suis senti en harmonie avec le monde. Nous
habitions Marseille, mes parents étaient amoureux, le démon du sexe n’avait pas
encore semé la pagaille — j’étais bien. C’est avec l’adolescence que les
angoisses sont arrivées. D’ailleurs, en entrant dans le monde des grands, je
suis tombé gravement malade.
Qu’est-ce qui
vous a sauvé ?
Le théâtre. La première fois que j’ai joué,
j’étais déguisé en fille, je parlais avec l’accent du sud, et les gens ont ri.
Il y avait là quelque chose de profondément érotique, qui m’a bouleversé. Je me
souviens aussi très bien du jour, où ma mère m’a montré des photos de Gérard
Philipe. Je me suis dit : « C’est évident, il y a quelque chose en dehors du
monde réel qui vaut le coup. »
Et c’est pour
remercier votre mère, que pendant si longtemps vous l’avez jouée sur scène ?
Même si je l’ai haïe à l’adolescence, elle est
quand même la femme que j’ai le plus aimée ! Je continue à la voir, à la sentir,
quand je la joue je retrouve des sensations physiques, presque son odeur. On
reste amoureux de sa mère toute sa vie, et moi j’ai eu cette possibilité
extraordinaire de la montrer, de la partager avec tout le monde. En la faisant
vivre comme ça depuis 25 ans, j’ai l’impression d’avoir fait un bras d’honneur à
la mort.
Vous avez le
sentiment de n’avoir pas assez dialogué avec elle de son vivant ?
Oui, et c’est ce que je regrette, de ne pas avoir
eu le temps de parler avec elle. Avec mon père ce n’était pas possible, mais
avec elle qui était bavarde et qui aimait écouter, je regrette de n’avoir pas
essayé. Mais maintenant, c’est fini, je ne la jouerai plus jamais.
Ce sont vos
adieux au music-hall ?
Ah non, pas du tout. L’épilogue que je joue
aujourd’hui est écrit depuis presque trente ans, pour moi, il n’y a pas de
surprise. C’est la fin de l’histoire, la mort de ma jeunesse, c’est un adieu à
ma mère, mais pas au public.

retour sommaire
j'aurais du
|