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Gérard Miller face à... Cavanna
 

Cavanna :
« A 15 ans, j’ai définitivement perdu la foi »


 

« Socrate contemporain », peut-on lire au dos de votre livre. Vous-même, vous vous pensez comme un philosophe ?
Je ne parle pas du haut d’une chaire, je suis un chroniqueur qui écrit de façon légère et avec dérision. Si je fais de la philosophie, c’est comme M. Jourdain de la prose : sans le savoir. Je suis le premier surpris quand des lecteurs m’écrivent pour me dire que je suis un maître à penser et que je leur ai ouvert les yeux. Je ne l’ai pas fait exprès ! J’ai simplement la bonne méthode pour penser. L’essentiel de ce que je sais vient de l’école primaire des années 30.

Dans les années 30, justement, quel enfant étiez-vous ?
Je n’étais pas commode, je faisais volontiers le coup de poing. J’étais élevé dans un ghetto italien, nous étions les seuls immigrés et toute la xénophobie nous retombait dessus. A l’école, le fait que j’étais bon en classe agaçait l’instituteur. Les étrangers, on leur permettait déjà d’avoir de l’instruction, ils n’allaient pas, en plus, être meilleurs que les Français !

Ce que vous êtes-vous aujourd’hui, à quel âge l’êtes-vous devenu ?
Très tôt, vers 15 ans, quand j’ai perdu la foi. J’étais jusque-là un chrétien fervent, et ce n’était pas seulement un élan du cœur : il me semblait que l’architecture que nous proposait l’église collait parfaitement. Mais elle collait à condition d’accepter les postulats de base ! J’ai compris que mes explications ne reposaient sur rien d’autre que sur mon désir que les choses soient. Je suis alors devenu rationaliste, convaincu que nous n’avions qu’un instrument pour juger du monde : l’intelligence, qui est malheureusement très imparfaite.

Est-ce que vous avez parfois des remords ?
Je ne me juge pas moralement, mais je sais que j’ai rendu des gens malheureux et j’ai horreur de ça. Les quelques remords que j’ai sont liés aux péripéties dans lesquelles m’a entraîné mon trop grand amour des femmes. Ce n’était pas forcément de la sensualité, mais l’amour de l’amour, le besoin d’aimer et d’être aimé.

A 82 ans, comme à 30, d’où vous vient la force de parler de la mort avec clairvoyance, voire avec impassibilité ?
Ce n’est pas une force, je n’ai aucun plaisir, ni aucune fierté à en parler, mais je suis bien obligé. Bien obligé de me dire que je n’existerai plus ! Et ne plus exister, ça ne veut pas dire se contempler en n’existant plus. Le néant c’est le néant, il ne comporte ni passé, ni avenir. On me dit qu’après ma mort, j’aurais du succès — qu’est-ce que j’en ai à foutre ! « Et ta famille sera fière »… Mais non, après ma mort, je n’aurai plus de famille, je n’aurais jamais eu de famille, je n’aurais jamais existé, le « je » sera fini. Ça fait mal d’y penser, pour moi comme pour les autres, mais qu’y puis-je ?

Jamais le moindre doute sur la possibilité d’une vie après la mort ?
S’il y a une vie après la mort, on verra bien. En tout cas, elle n’est certainement pas ce que nous racontent les religions : ni aussi compliquée, ni aussi bêtement humaine.


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j'aurais du