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Gérard Miller
face à... Madeleine Chapsal
Madeleine Chapsal
"Jeune,
j’étais insolente et cynique"

Vous semblez mettre un
point d’honneur à ne pas vieillir.
Comme sur tout le monde, le temps a de l’effet sur moi, mais ce que je ne veux
pas, c’est qu’on me mette dans des catégories fixées à l’avance, comme les
gens ont tendance à le faire quand les femmes vieillissent. Pour moi, la
féminité n’a pas d’âge. Je l’ai vu avec ma propre mère qui, à 90 ans, avait
toujours autant de charme.
Plus souvent qu’à votre
tour, vous rendez hommage à la psychanalyse qui vous aurait « changée ».
Certains de mes
amis qui lisent Affaires de cœur affirment ne pas du tout me reconnaître
dans cette garce insolente et cynique que j’ai pu être. Dans ma famille de
femmes, il fallait se taire, surtout quand cela touchait à l’intime, et j’ai
longtemps cru qu’il y avait ce qu’on pense et ce qu’on dit. La psychanalyse m’a
appris à parler, à communiquer avec autrui autrement que par des postures, des
mimiques, des acting out.
C’est surprenant : vous ne
vous êtes jamais réclamé du mouvement féministe.
Je n’ai jamais
brandi de pancartes ou jeté mon soutien gorge par dessus les moulins, mais je
n’ai jamais voulu pour autant que le fait d’être femme m’interdise quoi que ce
soit. Très jeune, par exemple, dès que j’ai compris ce que signifiait
l’avortement, je me suis dit que mon corps était à moi et que j’avorterais si
c’était un jour nécessaire.
Pourquoi,
comme vous le racontez, avez-vous tellement souffert en amour?
Parce que je
cherchais quelque chose du côté de la jouissance que je ne trouvais pas. Et en
même temps, j’étais incapable de ne pas être fidèle. Dès que ça marchait avec un
homme, je tombais éperdument amoureuse de lui, et ça prenait le pas sur tout le
reste. En réalité, je me suis toujours fichu de ma carrière, c’est comme en
dehors de moi qu’elle s’est faite.
Aujourd’hui, comment
vivez-vous la solitude qui est la vôtre ?
Je suis très
entourée, mais, c’est vrai, je suis sans compagnon. Il faut dire que les hommes
que j’ai beaucoup aimés ne sont plus praticables : l’un souffre de la maladie
d’Alzheimer, l’autre d’un parkinson, le troisième est mort, le quatrième est en
prison… Mais c’était peut-être ça le but inconscient de mon existence : aller
vers cette libération-là. Se libérer de tout, à commencer du poids de la
sexualité exigeante.
Vous paraissez, en effet,
d’une grande sérénité…
Oui, je suis là, libre, tranquille,
j’écris. J’ai raté ma vie sexuelle, mais je suis passé maintenant à autre chose.
Vous allez me prendre pour une mystique, mais je trouve que tout ce que nous
vivons, même les plus grandes difficultés, même la douleur, si on descend au
fond de soi, on trouve la joie, la joie d’être vivant. Je ne comprends pas bien
pourquoi je suis encore là, mais je me dis que la vie attend quelque chose de
moi. Peut-être n’ai-je pas encore écrit tous les livres qu’il faudrait que
j’écrive, sur le passé notamment. Quelquefois, on ne veut pas l’admettre, mais
c’est ainsi : on a comme une mission à accomplir.

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j'aurais du
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