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Gérard Miller face à... Georges Charpak

Georges Charpak
"Jusqu'à 24 ans, j'étais très ignorant"

 

Vous êtes venu en France à l'âge de 7 ans. Vous vous êtes tout de suite bien intégré ?
Tout de suite. En arrivant, je ne connaissais pas un traître mot de la langue. Au bout d'un an, c'est moi qui ai dit à mes parents : " Désormais, on parlera français à la maison ". C'est ce qui nous a d'ailleurs sauvé la vie pendant la guerre. Certes, mes parents avaient gardé de la Pologne un léger accent, mais il pouvait passer pour alsacien, et comme leurs papiers étaient en règle, on a pu glisser entre les mailles du filet, puis entrer dans une clandestinité active.

Qu'est-ce qui a favorisé, chez vous, une intégration aussi rapide ?
Quand j'étais enfant, nous habitions un petit village, mais contrairement à l'immense majorité des juifs polonais, mes parents tenaient absolument à que je ne reçoive pas une éducation communautaire. Ils m'ont envoyé à l'école communale et cela m'a certainement servi pour la suite. J'ai tout de suite trouvé une France à moi, avec Jules Vernes, Alexandre Dumas, le patronage laïque, et tous ces gens que je rencontrais et qui m'aimaient bien Je n'ai jamais ressenti l'hostilité d'un groupe quelconque.

Tout au long de votre scolarité, curieusement, vous n'étiez pas le premier partout…
Etre le premier ne m'intéressait pas. Ce que j'aimais, c'était étudier et lire.

A quel âge êtes-vous donc devenu savant ?
A 24 ans. Je sortais de l'Ecole des Mines, j'avais fait la guerre, j'étais très ignorant, et j'ai eu alors la chance de rentrer dans le laboratoire de Joliot-Curie. Il donnait un cours sur les découvertes qu'il avait faites lui-même. On était souvent une dizaine, pas plus, à l'écouter. Pour la première fois, je rencontrais quelqu'un qui humanisait l'expérience en laissant entrevoir ses propres tâtonnements. Du coup, nous percevions tous la capacité que nous avions de faire comme lui des découvertes.

Vous en parlez, près de soixante ans plus tard, avec un attendrissement visible. Science et émotion font bon ménage ?
Vous savez, je me souviens parfaitement du jour où j'ai compris pour la première fois la théorie de la relativité restreinte : j'ai été ému aux larmes ! Comprendre des phénomènes qui sont hors de notre échelle ne laisse personne impassible.

Est-ce pour partager cette émotion que votre dernier livre s'adresse au grand public ?
Ce livre est né d'une certitude : devant la prolifération des armes de destruction massive, la seule solution c'est l'éducation scientifique. Il faut apprendre aux enfants à raisonner, à faire des hypothèses, des expériences. On ne peut pas accepter qu'il y ait des pays où des enfants croient qu'ils iront au paradis s'ils se font sauter avec une bombe.

Vous partez en guerre contre les illuminés et les adorateurs de légende ?
C'est mon côté militant ! Pendant des siècles, avant Galilée, les gens ont cru des choses stupides parce que l'idée qu'il avait du monde était plus importante que tout ce qu'ils pouvaient en expérimenter. Eh bien, il faut le dire clairement : face à l'expansion de la science, si l'homme moderne, qui - rappelons-le - a le même matériel génétique que l'homme des cavernes, ne devient pas enfin savant, il est foutu.

 


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j'aurais du