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Gérard Miller face à... Christian Charrière-Bournazel

Christian Charrière-Bournazel
Nouveau bâtonnier de l'ordre des avocats de Paris, Christian Charrière- Bournazel plaide souvent dans les affaires de presse et de propriété littéraire. Il est également vice-président de la Ligue Internationale contre le Racisme et l’Antisémitisme.
"Je me sens jugé tous les jours"

 

Vous pensez-vous semblable ou différent de ceux que vous défendez pour des actes graves ?
Je me demande toujours, peut-être parce que je suis catholique et que la communion des saints a une signification, si la faute de l’autre n’aurait pas pu être la mienne. Il y a entre la faiblesse de notre liberté et la monstruosité des conséquences qui sont le fruit de certains actes, quelque chose d’inexplicable. Les croyants l’appelleront le multiplicateur infernal de la volonté humaine. Comment être jugé pour les conséquences d’un acte si on n’a pas voulu, en toute clarté, cet acte et ses conséquences ? Et celui qui va juger du haut de son estrade est-il bien certain de ce qu’il y a au fond de lui ?

Est-ce que vous êtes homme à vouloir gagner à tout prix ?
Non, pas contre la vérité et la justice. Il y a sans doute une manière cynique de faire notre métier, mais je ne pense pas que beaucoup de confrères l’aient adoptée !

Avez-vous déjà été trompé, voire manipulé, par un client ?
Cela m’est arrivé. Quand j’étais jeune avocat commis d’office, je m’étais mis en quatre pour une jeune fille emprisonnée. J’avais réussi à ce qu’elle sorte, j’avais trouvé en province des gens prêts à l’employer, je lui avais payé de mes deniers son billet de train, je l’avais même accompagnée à la gare — et j’ai appris un mois plus tard qu’elle avait disparu en volant ses nouveaux patrons. J’ai été dupé, mais je ne regrette rien. Il ne faut jamais regretter ce qu’on a fait de bonne foi.

Avez-vous connu de véritables cas de conscience ?
Bien sûr. Je pense, par exemple, à l’histoire de ces deux amants qui se rejetaient l’un sur l’autre la responsabilité d’un meurtre. Il n’y avait pas d’autre possibilité : c’était l’un ou c’était l’autre.  Comment ne pas se dire alors qu’on risque de faire porter le poids de la faute à quelqu’un qui ne l’a pas commise ? Et là, avec beaucoup de rigueur, l’avocat doit aller jusqu’au bout pour que la certitude de l’innocence éclate. Si le doute subsiste, la justice sera en face de deux personnes, dont l’une est criminelle, mais elle ne devra en condamner aucune.

Vous sentez-vous parfois jugé et, du coup, coupable lorsqu’un procès n’aboutit pas au résultat escompté par vous ?
Mais c’est tous les jours que je me sens jugé ! Par les juges et les jugements qu’ils rendent, mais aussi bien par les clients ou les confrères. Contrairement aux métiers de pouvoir, avocat est une remise en cause permanente. Si nous ne devions pas nous reprocher les mauvais résultats que nous obtenons, c’est que nous serions inutiles. Cela dit, ce n’est pas de la culpabilité qu’on ressent, plutôt de la déception de soi-même.

Et n’êtes-vous jamais démoralisé de devoir encore et encore plaider dans des affaires de racisme et d’antisémitisme ?
Quand je plaide dans ce genre d’affaire, je dis souvent que j’ai l’impression d’être un éboueur sur qui retombe indéfiniment la même ordure. Mais nous sommes des éboueurs sacrés, et nous continuerons jusqu’au bout !

 


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j'aurais du