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Gérard Miller face à... Catherine Clément

 

Catherine Clément
 « J’ai passé un tiers de ma vie en psychanalyse »
 

Philosophe d’origine, comment avez-vous découvert la psychiatrie et la psychanalyse ?
Ça a démarré très tôt ! Quand j’étais étudiante, pour passer l’agrégation de philo, il fallait avoir obtenu un « certificat de psychologie » et les présentations de malades y étaient obligatoires. J’ai été tout de suite frappée par ce dispositif, par sa théâtralité, et je m’y suis intéressée de près. Et puis un jour, un peu par hasard, je suis entrée à l’hôpital Saint Anne, dans un amphithéâtre où se trouvait Lacan. C’était une époque de ma vie où la philosophie m’apparaissait incapable de m’expliquer ce qui s’était passé pendant la guerre.

Peu de temps après l’agrégation, vous étiez pourtant devenue l’assistante de Vladimir Jankélévitch…
Et avec lui, en effet, j’étais au coeur de ce qu’il appelait « l’impardonnable ». Mais j’ai eu besoin de ce violent contrepoint qu’était  l’enseignement de Lacan pour réfléchir sur le « problème allemand » autrement que le nez dessus. Avec Jankélévitch, on était dans la passion pure !

Vous avez-vous fait vous-même une très longue psychanalyse.
J’ai fait le calcul, je vais avoir 68 ans, et bien qu’ayant vécu douze ans à l’étranger sans m’allonger sur le moindre divan, j’ai passé un tiers de ma vie en analyse ! Cela se comprend peut-être quand on sait le nombre d’évènements traumatisants que j’ai essuyé entre 1939 et 1945 : la menace permanente de la Shoah, les bombardements, l’arrestation de mes grands-parents… Enfant, j’ai quand même passé huit mois devant l’Hôtel Lutécia à attendre qu’ils reviennent. Ils ne sont jamais revenus et moi, je me pense toujours comme une survivante.

Très engagée politiquement, comment jugez-vous aujourd’hui votre militantisme passée au sein du Parti communiste ?
J’ai adhéré au PCF après les évènements de Mai 68 — la cécité de l’époque stalinienne était largement révolue. Je n’ai donc connu qu’un parti communiste critique envers l’Union soviétique, du moins à l’intérieur de ses propres rangs. Tout récemment, on m’a posé la question de savoir si je serais prête à adhérer de nouveau. Pourquoi pas ? Mais le jour où Maxime Gremetz s’en ira, parce qu’il représente une des dernières traces du stalinisme.

En politique, vous ne regrettez donc rien ?
La campagne présidentielle de Chevènement. Il y a un moment où elle a très mal tourné. Mon corps l’a regretté pour moi et je me suis cassé la jambe. Mais au lieu d’écouter ma jambe, j’ai continué à le soutenir, avec mon plâtre, alors même qu’il s’était laissé abuser par des gens de droite. C’est assez mon genre, ce côté « bonne sœur » !

Et ne pas avoir été ministre, c’est aussi un regret ?
Non, je m’en moque éperdument. Il y a trois ou quatre ans, on m’a proposé d’être sénateur socialiste, mais en me précisant : «  Il te faudra arracher ton investiture avec les dents. » J’ai répondu : «  Alors, il n’en est pas question. » Une cour de récréation pour grands enfants agressifs, ça ne m’attire pas du tout.


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