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Gérard Miller face à... Clovis Cornillac


Clovis Cornillac
« La psychanalyse m’a sauvé la vie »

 

Avez-vous déjà joué dans de mauvais films ?
Bien sûr ! En 22 ans de carrière, le contraire serait surprenant. Mais ça ne m’embête pas du tout. Un mauvais film n’est pas un échec si, tout au long du tournage, j’ai cru à mon boulot et travaillé avec des gens bien. Par contre, si la relation humaine a été ratée, ça n’aura été qu’une perte de temps, même si le film, au final, est un chef-d’œuvre.

Est-ce que vous avez le sentiment de mériter le succès que vous connaissez aujourd’hui ?
Si tant est qu’il existe ailleurs, dans ce métier je ne crois pas au mérite. Dans  le sport, celui qui va plus vite, on peut se demander s’il a pris quelque chose, mais s’il arrive premier, ça au moins, c’est indiscutable. Nous, il n’y a pas de compétition, juste des concours de circonstances : être là au bon moment, rencontrer les bonnes personnes, correspondre à un désir… Il y a du travail, évidemment, mais beaucoup de chance... et beaucoup d’injustice.

En parlant d’injustice, vous pensez à vos parents, qui sont tous les deux comédiens ?
Je pense à mes parents comme à mes amis, qui vivent ce qui est la normalité de ce  métier : 1% de gens connus et 99% qui font le socle. Je n’ai jamais entendu quelqu’un dire que ma mère, Myriam Boyer, était nulle — mais combien de fois je ne l’ai pas vue dans des pièces ou des films où elle aurait dû jouer ! Pareil pour mon père, qui fait partie des gens qui bossent, mais qui vivent avec moins de 1000 euros par mois, et qui sont toujours là, accrochés. Et, question chance, je ne parle pas de la trajectoire de ma grand-mère qui, elle, a passé sa vie, de la naissance à la mort, à en chier.

Vous êtes parti de chez vous très tôt, à 14 ans. Pourquoi était-ce aussi urgent ?
J’avais eu une enfance absolument heureuse, avec tous les points d’ancrage nécessaires, je n’ai jamais manqué d’amour ni de rien et, en même temps, je me disais : « Tout est à prendre. » Depuis l’âge de 5 ans, je voulais être grand, adulte, autonome.. En fait, j’étais super gourmand de la vie.

Est-ce que la vie, en retour, ne vous a fait que des cadeaux ?
Non, elle ne m’a pas plus épargné que les autres. En 1993, par exemple, j’ai vécu un truc extrêmement violent, auquel personne n’est préparé parce qu’il n’y a aucune raison de se préparer à ça : la mort de quelqu’un de très proche et qui n’aurait pas dû mourir. Là, tu perds pied, ou ça passe, ou ça casse. Tu ne sais pas si tu vas en sortir fou, ni même vivant.

Et comment vous en êtes-vous finalement sorti ?
La chance que j’ai eue à ce moment-là, c’est de faire une psychanalyse. J’ai vu le travail, c’était fascinant, ça m’a sauvé ! Et puis la chance, c’est aussi de jouer. Quand ton imaginaire fonctionne, tu peux laisser jaillir ce que tu sens monter en toi. Ça évite à une personnalité comme la mienne des sentiments extrêmes qui, dans la vie quotidienne, se révéleraient invivables… Voilà, c’est ça : quand je joue, j’ai l’impression de dégraisser, et pour moi c’est vital.

 


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