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Gérard Miller
face à... Michèle Cotta
Michèle Cotta
"J'ai dormi deux jours de suite en quittant TF1"

Certains vous reprochent d'être un peu trop gentille avec les hommes
politiques. Vous acceptez la critique ?
Je ne suis pas particulièrement gentille, mais je ne les vois pas sous leur
jour le plus noir. Le mot le plus exact serait "indulgente". Et puis je
n'écris pas sur des voyous qui ont profité de la politique, mais sur des gens
qui passent 90% de leur temps à démontrer à eux-mêmes et aux autres que le
bien du pays passe par la stratégie qu'ils ont élaborée. Parce qu'ils ont tous
une stratégie, ce qui prouve déjà qu'ils sont sur le dessus du panier !
A votre égard, vous avez la dent plus dure ?
Cela m'arrive, même si dans l'ensemble je m'accommode assez bien de moi-même.
Mon point faible, c'est que je vois souvent ce qu'il faudrait faire, mais que je
ne le fais pas toujours. Quand j'étais petite fille, j'aimais bien Scarlett
O'Hara. Je me souviens qu'elle disait tout le temps : " Je verrai ça demain. "
J'ai un peu cette tendance, mais, bon, au moins je le sais.
Et si vous deviez vous situer vous-même dans votre " politic circus " ?
Ce serait du côté de la voyance. Je n'y crois pas, mais cela me tenterait.
La présidence de la Haute-Autorité, la direction de France 2 - vous avez connu
l'exercice du pouvoir. Satisfaction ou déception ?
Concernant la Haute Autorité, je n'ai absolument aucun regret. J'ai été au point
de départ d'une nouvelle législation sur l'audiovisuel, le combat était plus
qu'honorable, j'ai trouvé ça passionnant. La télévision, c'est autre chose…
C'est le domaine des idées toutes faites, où l'hypocrisie règne en maître. Les
mêmes qui vous expliquent, par exemple, que " l'audience, on s'en fout ", sont
ensuite les premiers à vous dire : " Ah, mais l'audience baisse ! " J'aurais
certainement dû me battre davantage, mais les dés étaient pipés d'avance.
Etiez-vous vraiment naïve quand vous avez accepté ce poste ?
Vous savez, les décisions les plus importantes, on les prend souvent sans savoir
pourquoi. Je suis entrée dans le bureau de Marc Tessier en me disant : " S'il me
propose quelque chose, je dirais non. " Et quand il a fini de parler, j'ai dit
oui. Je ne sais pas pourquoi, je suis incapable de l'analyser et je ne veux
surtout pas l'analyser ! Mais c'est vrai que je me suis dit, un peu plus tard,
que j'aurais dû continuer à exercer mon métier de journaliste politique, que
j'avais retrouvé avec énormément de plaisir, plutôt que de repiquer dans ce
monde de l'audiovisuel qui me fascine.
Vous aviez violemment quitté la direction de l'Information de TF1 en 1992 et…
… j'avais peut-être une revanche à prendre ? Oui, peut-être. Pourtant, quand la
rupture a été consommée et que je me suis retrouvée, sur le trottoir de TF1,
avec un sac poubelle dans lequel j'avais mis mes affaires, je me souviens d'un
grand soulagement. Je crois d'ailleurs que j'ai dormi deux jours de suite, sans
arrêt, comme si j'avais le sentiment que tout allait bien et qu'il fallait tout
recommencer à zéro.
Quel souvenir gardez-vous de TF1 ?
J'y ai appris beaucoup de choses. C'était très dur, mais la règle du jeu était
simple. Avec le service public, la règle du jeu n'est jamais simple.

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j'aurais du
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