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Gérard Miller
face à...
CharlElie
Couture
CharlElie
Couture
"Mon nom a donné l'illusion que j'étais un rigolo"

Dans quelques semaines, vous partez vivre à New York. Pourquoi cette
expatriation ?
J'ai 48 ans, c'est l'âge pour moi d'admettre ce que je suis, c'est-à-dire plus
un peintre qui chante qu'un chanteur qui peint. Ici, chacun a sa caste et
c'est très difficile d'en sortir. Quand je vais dans une galerie, elle me
propose d'acheter des tableaux, alors que c'est moi qui souhaite en vendre.
Aux Etats-Unis, au contraire, on ne me connaît pas comme chanteur, ma
notoriété ne fait pas écran. Les gens ont avec mon travail de plasticien une
relation directe.
Vous vivez ce départ comme un échec ?
Non, je pars simplement pour continuer d'espérer, pour être bien, sans remords
ni chagrin. Depuis que j'ai quitté les Beaux Arts, je me sens lié à l'art sous
toutes ses formes : l'écriture, la peinture, la musique… Partir à New York,
c'est assumer cet engagement.
Vous dites-vous parfois : " J'aurais dû partir plus tôt " ?
Peut-être, et ma vie aurait été complètement différente. En 1980, je ressentais
une puissance et une énergie formidables, j'ai pensé partir. Mais ma sœur venait
de s'installer en Australie et je me suis dit que ce serait trop dur pour mes
parents si je les quittais aussi.. Mon père est mort il y a deux ans, ma sœur
est revenue accompagner ma mère, je peux partir aujourd'hui sans avoir la
sensation de laisser derrière moi un trou béant.
Vous étiez proche de votre père ?
C'était un homme très cultivé, j'avais toujours besoin de me justifier auprès de
lui, de me faire admettre comme quelqu'un de profond. Il. avait été arrêté et
déporté par la Gestapo et j'avais vu sur lui les stigmates des tortures qu'on
lui avait infligées. Je me demandais toujours si j'aurais eu, moi aussi, les
couilles de résister.
Votre étrange prénom, CharlElie, vient de lui ?
Non, il vient de mes deux grands-pères, Charles et Elie. A l'époque, j'étais le
premier à m'appeler comme ça. Maintenant, nous sommes 257, je suis leur
patriarche. Cela dit, j'en veux un peu à mon nom, CharlElie Couture, parce qu'il
a donné l'illusion que j'étais un rigolo. Du coup, quand je le suis moins, les
gens croient que je fais la gueule.
Vous pensez que votre nom, comme vous-même, est l'objet d'un malentendu ?
Absolument. Le nombre de gens qui, au début, croyaient que j'étais québécois !
Et puis, CharlElie Couture, c'est trop compliqué. Un jour, avec de nombreux
artistes, j'ai accompagné Jack Lang à une Fête de la musique à Moscou. J'étais
le seul dont le traducteur n'arrivait pas prononcer le nom. Quand ça t'arrive,
tu te dis que ta carrière internationale est mal barrée !
L'artiste protéiforme que vous êtes a-t-il encore des talents cachés ?
La seule découverte tardive que j'ai faite d'une aptitude que j'aurais pu avoir,
c'est au tennis que je la dois. J'ai découvert le tennis vers 33 ans. Il y a des
ressemblances avec la musique, à commencer par ces quelques gestes de base avec
lesquels, comme autant de notes, on peut tout faire. J'ai très vite pensé : " Si
j'avais découvert ce sport dans ma jeunesse, je ne serais pas là. Je serais bien
plutôt devenu le petit entraîneur d'une équipe de tennis. "

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j'aurais du
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