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Gérard Miller face à... Darry Cowl

Darry Cowl
"Mentir était devenu une seconde nature"

 

Quelle devise choisiriez-vous pour rendre compte de votre vie ?
« Aucun regret, aucune fierté. » Je me suis laissé porter, sans me poser de questions, et j’ai surnagé en frétillant comme un brin de paille dans un torrent.

Jamais vous n’avez nagé contre le courant ?
Jamais ou presque. Un jour, j’avais décidé de devenir riche, très riche. Je me suis lancé avec un copain dans une aventure insensée : inventer un petit moteur assez puissant pour tracter sur l’eau dix radeaux, sur lesquels on aurait pu mettre cinq ou six personnes. On a passé des nuits  entières à travailler, à faire des essais — j’y croyais dur comme fer, je pensais que tout le monde allait se battre pour acheter notre invention. Résultat : pour une affaire de brevet, le projet a capoté. Cela m’a convaincu que décider quoique ce soit dans ma vie était une perte de temps.

Du coup, vous n’êtes pas responsable du choix des films que vous avez tournés, à commencer par ceux qui n’ont pas laissé de souvenirs impérissables !
J’avais un agent, il décidait de tout. Quand j’allais au casino et que j’arrêtais de jouer, vers 3h du matin, parce que je n’avais plus un rond, je lui téléphonais — en pleine nuit, il était habitué  — et je lui disais : «  Il faut signer un film d’urgence, je viens de perdre trois briques ». A aucun moment, je n’ai eu l’idée que je faisais une carrière. La plupart du temps, je découvrais le scénario en arrivant sur le plateau.

Vous étiez toujours fauché ?
Fauché et endetté ! A une époque, j’étais devenu le roi du mensonge. Je mentais en permanence : à ceux qui me prêtaient de l’argent, à mes amis, à ma femme… Et lorsque j’ai arrêté un temps de fréquenter les casinos, j’avais tellement menti que j’ai continué, sans aucune utilité, juste parce que c’était devenu une seconde nature.

J’ai du mal à croire que vous êtes aussi insouciant et fataliste que vous aimez le dire.
C’est comme ça, ça glisse, tout glisse. Je n’ai pas connu ma mère et, à 9 ans, j’ai perdu mon père, qui était un être extraordinaire et que j’adorais. Pendant des années, j’ai ressenti de la tristesse, et pourtant, dans le même temps, je vivais heureux, sans me rendre compte que j’étais un orphelin. Je suis curieusement doué en bonne humeur. Sans me forcer, je fais tout, pour que rien n’ait d’importance.

A quoi attribuez-vous cependant votre célèbre et persistant bégaiement ?
Mon bégaiement est plus mental que buccal. Je pense à tellement de choses à la fois que tout se bouscule dans ma tête. Alors, au moment de parler , ça s’embouteille, ça se cogne et ça bégaie. C’était juste après le décès de mon père. J’avais fait une mauvaise blague à une vieille tante et, pour me punir, on m’avait pris par le fond de la culotte et suspendu dans le vide, du troisième étage. J’ai connu et le bégaiement et le vertige ! Bon, eh bien, j’en ai profité, en créant involontairement un personnage que les gens ont tout de suite aimé.

 


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j'aurais du