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Gérard Miller face à... Philippe Delerm

Philippe Delerm
" Je suis inquiet de tout "

 

Vous semblez fait pour le bonheur.
Je suis né six ans après une petite sœur, qui était morte à la suite d'un bombardement, pendant la guerre de 40. Sur la table de nuit de ma mère, il y avait la photo de sa tombe, et ma mère disait souvent qu'après avoir hésité, elle m'avait eu pour retrouver l'idée du bonheur. J'ai toujours été entouré de beaucoup d'affection et je ressens comme un devoir de transformer cette chance de naître qui a été la mienne, de rendre aux autres quelque chose que l'on m'a donné.

Est-ce qu'il y a un trait que vous avez gardé de votre enfance ?
Alors que cela fait longtemps que je ne me trouve plus très beau, j'ai une propension qui se prolonge à me regarder dans la glace, Adolescent, c'était systématique : je me regardais dans les miroirs, dans les vitrines, y compris sur les voitures. L'habitude est restée. L'âge venant, je ne sais toujours pas à quoi je ressemble.

Pour le gourou que vous êtes devenu, cela fait désordre !
Ceux de mes lecteurs qui me voient comme un gourou se trompent. Si mes livres peuvent leur apporter quelque chose, j'en suis bien sûr ravi. Mais la fréquentation de ma personne réelle ne leur apporterait rien.

J'avoue que, moi aussi, je vous imaginais zen, maître de vous comme de l'univers.
Eh bien, sachez que, mis à part l'écriture, je suis inquiet de tout.

La Fédération Française d'Athlétisme vous a néanmoins contacté pour conseiller et, sans doute, " détendre " ses athlètes.
Elle savait vraisemblablement que je suis passionné par ce sport. Mais moi-même j'étais un athlète plutôt paniqué. Par exemple, j'enlevais mon survêtement un quart d'heure avant le départ de la course, parce que j'avais peur qu'il se coince dans les pointes ! Croyez-moi, j'aurais fait un fichu gourou pour l'équipe de France.

Vous regrettez de ne pas être devenu un grand champion sportif ?
Jusqu'à 25 ans, j'aurais de beaucoup préféré être un champion de 400 mètres plutôt qu'un écrivain. Mais c'est une possibilité qui m'a été refusée. J'ai tout mis en œuvre, je m'entraînais tous les jours. Mais s'entraîner ne suffit pas, il faut être doué. Oui, c'est un grand regret.

Il y en a d'autres ?
Alors que je suis, par ailleurs, plutôt satisfait de moi et des choix que j'ai fait, j'ai très profondément le sentiment de quelques fautes graves, qui touchent à mon être intime. Le rapport que j'entretiens avec moi-même est du coup un peu obscurci par deux ou trois remords, liés à ma vie amicale et amoureuse.

Vous qui vous êtes représenté, dans Mister Mouse, sous les traits d'une souris, seriez en réalité un fauve ?
Disons plutôt que j'ai été lâche, que j'ai le sentiment de ne pas avoir fait au moment voulu ce que j'aurais dû. Je pense par exemple à un ami, qui était le meilleur de mes amis, et que j'aurais pu davantage aider, à un moment de sa vie dramatique. Je sais que les raisons que je me suis donné à l'époque n'étaient pas bonnes.

L'écriture est-elle un dérivatif à cette culpabilité ?
On prête souvent un œil sympathique aux gens qui avouent leurs fautes, mais ce serait une lâcheté supplémentaire que de les exorciser ainsi. Non, l'écriture n'est pas pour moi un exutoire..

 


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j'aurais du