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Gérard Miller face à... Vincent Delerm

Vincent Delerm
"Je ne tendrai jamais l’autre joue"

 

Je me dis parfois que vous êtes une nouvelle que votre père aurait pu écrire.
C’est une idée qui me va ! Quand j’ai donné mes premières interviews, à 25 ans, j’ai découvert que c’était finalement bizarre de ne pas avoir fait de crise d’adolescence. Mais c’est comme ça, très vite j’ai souscrit à l’atmosphère qui était chez mes parents. Je n’ai pas été influencé par l’écriture de mon père, mais je sais que je partage avec lui cet intérêt pour tout ce que les autres croient bon de ne pas relever.

La famille Delerm aime l’infiniment petit…
Parce que les choses infinitésimales ont une valeur en soi et qu’un simple geste, par exemple, est révélateur. Sur le papier, bien sûr, on est censé ne retenir de la vie que les grands moments, mais notre cerveau est ainsi foutu qu’il nous laisse accumuler dans notre tête un tas de trucs qui ne servent à rien. C’est le côté arbitraire de ce qu’on retient du passé qui me plaît.

Vous êtes proche de votre père, mais également… de Brigitte Bardot, dont la voix n’est pas sans évoquer la vôtre. Les humoristes adorent vous imiter !
C’est vrai que dans mon premier album — je l’ai fait beaucoup moins par la suite — je prenais les notes très « en dessous ». Je souhaitais sans doute me faire remarquer sur une seule écoute, capter tout de suite l’attention du public, comme lorsque je chantais en première partie ou devant des gens en train de manger. J’assume ! Quand on a à coeur de faire passer une émotion, il faut être attentif à la façon dont on met les choses en forme.

Votre premier album a été un véritable phénomène, vous appréhendiez le second ?
Non, j’avais hâte, justement parce que ce phénomène pouvait reposer sur un malentendu. Pendant ma première tournée, je me disais souvent : « C’est formidable, mais on verra dans quelques années si ça tient ». Après la sortie du deuxième album, pendant les concerts, je savais pourquoi les gens étaient là. Ils avaient vraiment choisi de venir m’écouter et c’était rassurant comme impression.

Vous aimez qu’à l’occasion on vous déteste ?
Pas du tout. Dans une de mes chansons, je dis que « j’appartiens à la race des anciens délégués de classe » — c’est ce que j’ai écrit de plus autobiographique. Même s’il y a des situations où je ne m’écraserai jamais pour qu’on m’aime, je me suis toujours senti consensuel. Quand je suis rentré de la maternelle, le premier soir, j’ai raconté à mes parents que les enfants m’avaient tous dit : « Sois le bienvenu parmi nous, Vincent, nous t’aimons déjà ».

Vos contempteurs doivent vous désespérer !
Je ne suis pas très touché dans l’instant, mais je suis plutôt rancunier, je n’oublie rien. Je n’ai pas envie de me venger, j’ai besoin de comprendre. Si je le pouvais, je rencontrerais tous ceux qui ont tenu sur moi des propos assassins et je leur parlerai. Ne serait-ce que pour comprendre d’où vient ce ressentiment et s’ils se pensent différents de moi. Cela dit, je ne tendrai jamais l’autre joue !

 


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