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Gérard Miller face à... Mylène Demongeot

Mylène Demongeot
" Par amour, j'ai renoncé à ce que j'aimais "

 

Avez-vous parfois le désir de revivre votre enfance ?
Pour rien au monde ! Jusqu'à 15 ans, je louchais, j'étais monstrueuse, mon physique me traumatisait. J'étais totalement repliée sur moi-même, et comme mon père et ma mère étaient tous les deux très beaux, j'entendais sans cesse les gens dire : " C'est incroyable que deux êtres aussi beaux aient pu faire une horreur pareille. " Fort heureusement, on m'a opéré des yeux et, enfin, la vie m'a sourit.

Belle en un jour, tout est alors devenu facile ?
Oui, j'ai été catapultée dans le cinéma et la reconnaissance a été immédiate. Je me suis retrouvée célèbre sans lutter, sans avoir rien demandé. Et moi, qui avais un tel besoin d'être aimée, plaire me comblait. Je savourais discrètement ma revanche, donnant de moi l'image d'une fille sexy, mais gentille. Personne n'aurait eu l'idée de m'agresser dans les ascenseurs, comme Brigitte Bardot ! Ce furent mes " années papillon " - jusqu'à 25 ans, j'ai vécu dans un rêve. Puis, mon père est mort et j'ai dégringolé de trois étages.

Est-ce que vous pensez avoir vécu la vie à laquelle, adolescente, vous aspiriez ?
Quand j'étais petite, j'ai toujours clamé que je voulais être indépendante et libre. Pourtant, dès que j'ai eu 16 ans, je suis tombée amoureuse de mon premier mari, avec qui je suis restée 12 ans. Ensuite, il y a eu Marc Simenon, avec qui je suis resté 34 ans. A l'opposé de mes proclamations juvéniles, il faut bien que je le constate : j'ai toujours été dépendante de l'homme dont j'étais amoureuse !

Et, du coup, malheureuse ?
Justement pas, c'est ça le paradoxe. Vous vous mettez volontairement au service de l'autre et ça vous rend heureux ! C'est quand même bizarre de renoncer à ce qu'on aime vraiment pour faire plaisir à l'autre. Récemment, en lisant le livre de Frédéric Mitterrand, je me suis d'ailleurs demandé si je n'étais pas, comme lui, masochiste. Le fait est, en tout cas, que je n'ai pas souffert de renier les choses que j'aimais.

Mais à quoi l'amour vous a-t-il fait, par exemple, renoncer ?
J'adore lire et chaque fois que j'étais assise dans un bon canapé avec un bouquin, je voyais mon bonhomme arriver et me dire : " On a autre chose à faire, viens. ". Je râlais, je râlais beaucoup, mais j'obtempérais. Je sais, de même, que si j'avais eu envie d'aller à Venise et de me promener avec Marc dans les rues, il m'aurait dit : " Mais tu es complètement folle, les vielles pierres, ça n'a aucun intérêt. ". Et, bien évidemment, je n'y serais pas aller seule.

Aujourd'hui que Marc Simenon est mort, vous rattrapez le temps perdu ?
Oui, après avoir eu la sensation de tomber dans un gouffre immense, j'ai commencé à me dire que j'allais essayer de vivre comme je l'avais toujours voulu. Je suis repartie sur la ligne de départ de mes 16 ans, c'est-à-dire : regarder, apprendre, et, surtout, être moi. Tenez, avant, je faisais du piano et j'avais une véritable passion pour la musique classique. Pendant des années, j'y avais renoncé. Eh bien, pour la première fois, je vais partir à Vérone et voir trois opéras de Verdi. Pour moi, l'événement est extraordinaire !

 


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j'aurais du