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Gérard Miller face à... Marianne Denicourt

Marianne Denicourt
« 
Réagir a calmé ma blessure »

 

Pourquoi le grand public ne vous connaît-il pas mieux ?
Peut-être parce que je ne suis pas assez ambitieuse ! Alors même que le niveau de célébrité des comédiens influe de plus en plus sur les rôles qu’on leur propose, je n’arrive pas à être carriériste.

Faire carrière ne vous convient pas ?
Ce qui ne me convient pas, c’est l’époque. Cela ne concerne pas seulement le cinéma ou le théâtre, c’est toute une économie, tout un système que je trouve dur, cynique et vide. Il y a une volonté générale de rentabilité qui m’est profondément étrangère.

Est-ce que vous vous sentez « limitée » par votre image de femme belle, mais intellectuelle.
Quand je joue Marguerite Duras, cela ne surprend personne. Quand je rappelle que j’ai travaillé avec Patrick Timsit, que j’ai fait toute une série de rôles légers et drôles, c’est vrai, cela étonne un peu plus. Cela dit, « intellectuelle » n’est pas un gros mot !

Un an après la sortie de Rois et Reine, et maintenant que l’on sait comment Arnaud Depleschin s’est emparé de votre vie pour la défigurer, votre blessure est-elle la même ?
Non, elle n’est plus du tout aussi vive. Justement parce que j’ai réagi publiquement, c’est-à-dire sur le même terrain que lui. Publier Mauvais génie était vraiment la moins mauvaise des solutions. Si j’étais restée chez moi à pleurer, si j’avais écouté ceux qui m’expliquaient que les victimes doivent demeurer silencieuses pour ne pas ébruiter le mal qu’on leur a fait, je suis sûre qu’il n’en serait pas de même.

J’imagine qu’on vous a souvent répété que l'art a « tous les droits », y compris celui d'utiliser la vie des gens.
Bien sûr, et c’était d’ailleurs un des buts de l’opération : que l’écran de la création me paralyse ! Mais ce film n’était pas seulement une oeuvre, c’était aussi une arme destinée à nuire. Pouvais-je, par exemple, au nom de l’art tout puissant, laisser mon fils croire que son père ne le désirait pas et qu’il s’était suicidé alors que j’étais enceinte ? Et que dire de la dernière phrase de ce film qui, après avoir sali la mémoire de mon mari et de mon père, m’assimile à une meurtrière : « J’ai tué deux hommes et je ne regrette rien » !

Que pensez-vous aujourd’hui de la liaison, certes brève, mais néanmoins bien réelle, que vous avez eue avec Depleschin ?
Je me dis : « Quelle mauvaise rencontre ! » Je m’en suis d’ailleurs rendu compte assez vite à l’époque et j’ai pris mes jambes à mon cou, car même si ça s’est beaucoup empiré par la suite, on voyait déjà qu’il était malsain. Il y a des gens qui ne sont pas faits pour vivre de façon harmonieuse et qui utilisent le pouvoir que leur donne la création.

Vous-même, quel rapport entretenez-vous avec l’art ?
Est-ce Picasso qui a dit : « Dans le Louvre en flammes, entre un chef d’œuvre et un chat, je choisis de sauver le chat » ? C’est une boutade, mais moi aussi je choisis le chat. Je suis du côté de la vie et la passion que je ressens pour l’art ne m’en détourne pas.

 


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