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Gérard Miller
face à...
Dominique
Desanti
Dominique
Desanti
"Je crois de plus en plus au hasard"

De tous vos romans, votre dernier livre est le moins autobiographique.
C'est vrai, il n'y a pas un personnage qui, consciemment du moins, me
ressemble ou ressemble à des proches. Même lorsque j'évoque, par deux fois,
des situations que j'ai vécues, c'est quelqu'un de complètement opposé à moi
qui les voit.
Il y a
quelques années, vous avez écrit vos mémoires. Vous n'éprouvez plus aujourd'hui
le besoin de parler de vous ?
Ecrire mes mémoires m'a, en effet, libérée. Et puis je suis devenue, du fait de
l'âge et non de mes mérites, un monument qu'on visite. Quand on veut écrire sur
Drieu la Rochelle, sur Sartre, sur le Parti communiste… on vient me voir. C'est
vraiment très agaçant d'être un monument ! Alors, j'ai voulu m'éloigner de mes
souvenirs, me dépersonnaliser. Je m'étais rencontrée, on avait vécu ensemble, il
était temps de me séparer de moi-même.
Même votre
passé communiste ne vous pèse plus ?
Non, il est si loin désormais, presque cinquante ans ! Et puis il y a une telle
part d'aléatoire dans tout ça. En 1942, je terminais mes études et un prof m'a
demandé si je voulais faire "quelque chose". Avec Sartre et plusieurs autres, je
venais d'avoir une première expérience de résistance, mais dans de très petits
circuits - j'ai dit oui. A ce moment-là, je ne savais pas qu'il allait me
proposer de rejoindre une formation dirigée par le PC. Les "stals" ne me
faisaient pas du tout rêver, j'avais même été élevée dans l'anti-communisme le
plus absolu. Si ce prof avait été membre de l'Armée secrète, j'aurais été tout
aussi bien gaulliste.
Vous croyez
donc au hasard !
Oui, et de plus en plus. C'est le hasard qui m'a ouvert les portes de ma vie, et
c'est lui qui en a toujours modifié le cours. Même la rencontre centrale de mon
existence, qui est celle de Jean-Toussaint, est due au hasard. C'est parce que
je suis allée caresser un chat, à une garden-party, que nos mains se sont
rencontrées. Nous ne connaissions même pas nos noms.
Vous avez
quitté le Parti communiste en 1956, lors de l'insurrection de Budapest. Mais
vous rappelez-vous la première fois où vous vous êtes dit : "Je devrais partir."
C'était très tôt, en décembre 1949. Quand j'ai eu la malchance extraordinaire
d'assister, dans une "démocratie populaire", au procès d'un ex-dirigeant
communiste. L'accusé s'est levé et a dit : "Je suis innocent, mes aveux m'ont
été extorqués". C'était un mort qui parlait, je l'ai tout de suite cru, et j'ai
pensé que je devrais m'en aller. Il y a eu débat et mes copains m'ont dit :
"Admettons même que ce soit une erreur judiciaire, tous les régimes en
commettent. Et toi, tu sacrifierais l'avenir du prolétariat international à ta
bonne conscience." C'était tellement démesuré, le prolétariat international d'un
côté, ma bonne conscience de l'autre, que je me suis dit: "Je reste."
Au delà de
votre aveuglement, quand vous repensez à cette période, que regrettez-vous le
plus ?
D'avoir perdu beaucoup de temps. La politique m'occupait en permanence, alors
que ce dont j'avais le plus envie, c'était d'écrire. Comme je n'osais pas me
l'avouer, j'ai dû attendre très longtemps avant de commencer.

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j'aurais du
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